‹ Les recluseriesChapitre 43 sur 112 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

oard. C'est aussi une très-courte lettre en forme d'exhortation à un reclus , nommé Albert. Le reclus lui demandait de pouvoir se relâcher des jeunes que lui avait conseillés saint Bernard , et de ne plus avoir à tenir compte des prohibitions que le prudent abbé lui avait imposées , par rapport aux conversations avec les femmes, qui venaient à la fenêtre de la recluserie avec des motifs de piété. Ecoutons le grave solitaire de Cl air vaux.

« Frère Bernard de Cl air vaux au frère Albert, reclus : combattez le bon combat.

» Vous me priez de me relâcher sur je ne sais quelle règle de jeûne que vous m'aviez demandée à pratiquer dans votre cellule , et de vous permettre au besoin la conversation, que je vous ai interdite, avec les femmes, comme il vous en souvient; deux choses que la nécessité, me dites-vous, vous rendent indispensables. Je n'ai maintenant et je ne prends aucun pouvoir sur vous. Je vous ai donné le conseil et non pas l'ordre de ne manger habituellement qu'une fois le jour, de vous nourrir du travail de vos mains , de repousser entièrement les visites et les entretiens

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des femmes, et beaucoup d'autres choses qu'il est trop long de rappeler maintenant. Si vous ne croyiez pas avoir une provision de volonté suffisante pour une œuvre qui demande tant de force, vous ne deviez pas commencer ce que vous ne pouviez achever. Je vous ai donné là un sage conseil; ni vous n'êtes tenu de le suivre comme un précepte , ni je ne vous propose d'y changer quoi que ce soit. Adieu (1). »

Cette lettre ou plutôt ce billet est d'un ton sec et tranchant. Il fallait que le bon reclus Albert eût bien fatigué Fabbé de ' Clairvaux

(1) « Frater Bernardus de Clara Valle fratri Alberto incluso . bonum certamen certare.

» Petis à me , ut nescio quam jejunii observantiam , quam à me intra tuam cellam requisieras , ac mulierum colloquia quae et tibi videlicet à me recordaris fuisse prohibita, mea licentia possis omittere : quaj utique propter inopiam, ut scribis, non potes evitare. Ego jam nullam super te usurpo mihi potestatem. Consilium tibi dcdi , non prteceptum , scmper, vel semel in die comedere, ferainarum visitaliones vel colloquia omninn non admittcre; tuarum te opère manuum sustentare, multaque alia quae longum est modo commemorare. Quod si hujusmodi sumptus nequaquam tibi ad opus tam sumptuosum suppetere cerneres, non deberes incipere quod consummare non posses. Hoc tibi tritum credidi consilium; hoc nec meo cogeris tenere praecepto, nec tamen meo mutabis consilio. Vale. »

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