‹ Les recluseriesChapitre 6 sur 112 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

le pénitent dont il est ici question, relui de réclusion pour désigner la cérémonie de sa consécration , et celui de recluserie pour désigner la cellule qu'il habitait.

On conserve encore aujourd'hui les noms de reclus, de réclusion à ceux des souvenirs historiques qu'ils réveillent, et puis comme l'expression d'une vie retirée, soit volontaire, soit forcée. Ainsi la réclusion est-elle une peine affiictive destinée à punir certains crimes. Ainsi appelait-on reclus les lépreux régulièrement séparés de la société de leurs frères , et recluses les religieuses qui pourtant vivaient en communauté, comme celles de Liège , tant admirées au ixe siècle par l'archevêque Foulques ; comme celles de Lyon , dont la demeure conserva la même dénomination , tout en devenant une maison de force. Ainsi pris dans un sens figuré, les reclus se retrouvent dans les plus anciens monuments de la langue française, tels que le roman de la Rose, les fabliaux des xf et xne siècles; ainsi tout le monde sait par cœur la fable que je citais tout à l'heure, où notre admirable La Fontaine fait de son rat réfugié dans un

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fromage de Hollande un pauvre reclus. C'est

avec quelque prétention ee me semble qu'on a dit d'un soldat couronné tant de fois par la victoire : •• Lassée par la fougue impétueuse de son favori, la Fortune ne pouvant plus le suivre en a fait un reclus, dans la solitude de l'Océan ; « et dans le Dictionnaire de la Crasca : Eri non bastam '//i tutto mundo . oggi basta piccata rictàusura.

En outre, je ferai dés le début une observation qui me paraît importante. Distinguons plusieurs sortes de reeluseries auxquelles nous donnerons les dénominations qui expriment le mieux leur physionomie particulière : les 5, que je nomme acéphales, parce que le reclus n'y dépendait d'aucune règle et d'aucun chef, les autres que j'appelle abbatiales, parce qu'elles dépendaient de l'abbé ou du prieur d'un monastère: d'autres que je nomme copales . parce qu'elles relevaient de l'évèqup.

- deux dernières se subdivisent en reeluseries basilicales . c'est-à-dire qui attenaient à quelque église principale: en recluserkcellaircs. c'est-à-dire attachées à un petit •ire : et enfin en reeluseries ana>-

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c'est-à-dire isolées de tout lieu saint, en particulier du monastère , de la cathédrale ou de la paroisse.

De ces diverses espèces de recluseries aucune n'est étrangère à mon travail, et si je ne fais pas en particulier l'histoire de chacune, la chose évidemment serait impossible, du moins ne négligerai-je pas de faire connaître ce qu'elles ont de caractéristique et de différentiel, quels personnages illustrèrent telle ou telle forme de réclusion , quels siècles , quelles époques se prêtèrent davantage à leur naissance, à leur progrès, à leur développement. Quant aux dénominations spéciales que je viens de leur donner dans ce dernier paragraphe, on ne les retrouvera pas chez les anciens, mais j'ai cru devoir les employer pour mieux exprimer ma pensée et fixer d'une manière plus précise les idées du lecteur.

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