‹ Les recluseriesChapitre 72 sur 112 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

peuple se retirait, replié sur lui-même, et méditait sur ce grand exemple de renoncement, lli.'-lyot cite une cérémonie de réclusion d'autant plus intéressante qu'elle touche presque à nos temps; la Mère Jeanne de Cambry, fondatrice de l'Ordre de la Présentation de la Sainte-Vierge, en Flandre, acheva sa vie dans une recluserie, placée en l'un des faubourgs de Lille; c'était l'évêque de Tournay qui l'y avait autorisée, elle entra dans sa logette le 25 novembre 1625. Vêtue d'une robe de laine grise et accompagnée de deux religieuses qui portaient sur leurs bras , l'une un manteau bleu , l'autre un voile noir et un scapulaire violet où se voyait l'image de la sainte Vierge , tenant l'enfant Jésus entre ses mains; la Mère de Cambry se rendit à l'église de Saint-André , l'évêque de Tournay l'attendait à la porte ; en arrivant, elle se prosterna aux pieds du prélat; celui-ci lui donna sa bénédiction et la conduisit jusqu'au grand-autel. Là, il bénit le manteau, le voile, le scapulaire, et en revêtit la noble recluse , à laquelle il imposa le nom de Sœur Jeanne de la Présentation ; elle tit entre ses mains le vœu de clôture perpétuelle, après quoi l'évêque adressa un dis-

172 RECLUSER1ES.

cours au peuple à la louange de la nouvelle recluse, qui fut ensuite menée processionnellement jusqu'à sa recluserie ; le clergé chantait le Veni sponsa Christi, etc., l'évêque la consacra derechef à Dieu , bénit sa cellule , et l'y enferma dans une perpétuelle clôture. Elle y mourut le 13 juillet 1639, après quatorze ans de réclusion.

Un mot des ressources de la recluserie. Il suffit au lecteur de ramener sa pensée sur les faits que nous avons cités, pour comprendre à quelle source le reclus puisait les aliments de sa vie matérielle.

Les recluseries monastiques étaient à la charge de la maison dont elles relevaient. Aussi voyons-nous, dans Césaire et dans toutes les légendes de la réclusion , qu'un frère était chargé de porter chaque jour au reclus la nourriture , dont il faisait usage selon la règle. Quelquefois , on lui portait une portion toute apprêtée, il devait préparer l'autre de ses mains.

En entrant dans les recluseries paroissiales ou privées, les reclus pouvaient, avec le consentement de l'évêque , se réserver pour leur entretien, une partie suffisante de leur fortune. Je crois même avoir lu dans un auteur, que

Page 1