‹ Les recluseriesChapitre 75 sur 112 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

questionnai sur le squelette vivant qui pourrissail dans cette cave , les voisins répondaient simplement, si c'était un homme : « C'est le « reclus ; » si c'était une femme : « C'est la rect cluse. »

.Mais qu'il y a loin de la réalité qu'établissent les faits à ce tableau de pure imagination. Avant tout, il est une pensée qui fera comprendre quel degré de vénération inspirait la vie des reclus, sous la triple phase, que nous avons esquissée ; cette pensée la voici : la réclusion était essentiellement une œuvre de religion , elle était le dernier anneau de cette grande chaîne de vertus et de sacrifices que prolongeaient les religieux dans le cloître et les chrétiens renonces dans le monde. Or, les siècles de la recluserie sont précisément ceux où l'héroïsme de la foi recevait seul les hommages des grands, du clergé et de la foule. Pour quiconque a la moindre idée du moyen-âge, cette (éflexion est d'une évidence palpable; aussi voyez les faits. Tantôt c'est un pontife, tantôt un roi de France , tantôt quelque haut baron , le plus souvent quelque monastère fameux qui fait construire la recluserie. Le moment d'emmurer ou de clore à perpétuité le pénitent est-il ar-

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rivé, c'est une fête pour le monastère ou l'église auxquels il appartient ; la foule s'y presse , le clergé y accourt, l'évêque en personne, ou du moins son représentant , doit présider la cérémonie ; le sceau épiscopal est apposé à la réclusion. A l'instant même ces religieux deviennent vénérables et sacrés ; aussi bien les églises les dotent, les particuliers leur lèguent des aumônes en mourant , la piété des fidèles les nourrit , la dévotion entretient sous le porche du reclusoire une lampe , au pied de quelque statue, comme dans un sanctuaire, plusieurs veulent être enterrés tout près.

De toutes parts on accourt les visiter, les uns viennent réclamer leurs conseils , pour la direction de leurs consciences ; ceux qui sont prêtres voient arriver à leur oratoire une foule d'âmes en peine, qui leur demandent le pardon de leurs fautes et l'allégement de leurs maux. Tous ces héros de la pénitence bénissent; les uns par l'onction de la prière, les autres par l'autorité du sacerdoce. De grands hommes leur adressent des lettres , comme Godefroy de Vendôme et Gerson ; de grands saints comme Anselme , de grands rois comme Henri IV, cherchent auprès d'un reclus des avis et des

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