CHAPITRE VIII
quantité de blessures sillonnent ce front jadis si fier et si brillant, mille cicatrices, cette poitrine où brûlait un cœur si ardent et si dévoué. Le fratricide est sans fortuné , sans amis , sans force; plus de joie, plus de saints combats. Il n'ira guerroyer ni sous les murs de Saint-Jeand'Acre , ni sous ceux de Jérusalem , il ne verra ni le saint sépulcre, ni le triomphe de Godefroy. Sa main , devenue trop faible pour porter le glaive , est bonne tout au plus maintenant à saisir la mandore des trouvères. Quittant nocturnément le camp des croisés, il ira, pauvre et désolé ménestrel, avec Herbert qui veut lui rester fidèle, de ville en ville, à travers l'Italie et la France, loin de cette terre chérie où naguère, dans la compagnie d'Ulric, il guerroyait avec tant de valeur et se jouait avec tant de voluptés. On le verra sur les places publiques et sous les fenêtres des donjons chanter la gloire des croisés fameux, redire les combats auxquels il prit une si courte part , et ceux dont la renommée arrive chaque jour jusqu'à lui. Mais vainement il chante, un souvenir triste et noir l'oppresse. Abrité par les châtelaines tant que dure le jour, il parle de combats et de victoires, et puis, quand la
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nuit appelle tout le monde au repos , il rêve de meurtre, de sang, et d'Ulric. Que de fois il crut voir se dresser sur son lit l'ombre fatale de son ami ! Que de fois , brusquement réveillé, il se leva plein de larmes et en poussant des cris déchirants! L'infortuné, que ne revient-il à des sentiments plus religieux et plus purs ! Mais Rodolphe se désespère et ne
prie pas Toutefois une innocente priait pour
lui et pour son malheureux frère. »
<( Un jour, à Tolose, sous les fenêtres d'Islutegarde , nièce du comte Raymond Bérenger, entouré d'un groupe nombreux , il chantait avec la mandore un lai sur le siège d'Antioche, lorsque tout à coup il est interrompu par de lointaines et confuses voix d'hommes et de femmes. Le bruit, se rapprochant de plus en plus , laisse bientôt distinguer de pieuses litanies. Bientôt apparaît , flottant dans les airs , un blanc drapeau porté par de petits enfants, que suivent deux longues files de vierges vêtues de blanc , une double file de matrones , vêtues de noir, et ayant à la main des torches enflammées. Au milieu du sombre cortège , d'un pas ferme et pourtant religieux, marche une jeune vierge de vingt ans. Une robe de bure grise la