‹ Les recluseriesChapitre 86 sur 112 · CHAPITRE vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE vin

Ils passèrent donc la nuit sous le porche de Notre-Dame-du-Taureau , à la vue d'un beau ciel semé d'étoiles. Le sommeil vint à tous deux, mais bien différemment. Celui d'Herbert fut prompt, calme et profond; celui de Rodolphe tardif, agité, pénible et plein de brusques réveils. Quand la fraîcheur de la nuit l'eut saisi , Rodolphe s'endormit enfin; mais son sommeil se ressentit de son état si agité, une vision l'obsédait, c'était l'image de la recluse qui ne l'avait pas quitté. Il rêva de Richilde.

Ce n'était plus une héroïque victime que la religion conduisait à l'autel du sacrifice , c'était une heureuse et bénite vierge qui venait de rendre au fond de son obscur exil un dernier et angélique soupir. Rodolphe la voyait inhumée parmi les fleurs du jardin qui avoisinait la cellule, il voyait le concours du peuple se grouper autour des prêtres, il entendait leurs chants, et puis, une fois la foule écoulée,, le ciel lui apparut tout en feu , et , du haut des nues , une femme vêtue de blanc et couronnée d'étoiles qui descendait, elle s'arrêta au lieu où l'on avait inhumé Richilde , et cette femme vêtue de blanc et couronnée d'étoiles se pencha sur la terre fraîche encore de la tombe, la remua du

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doigt et il en sortit une colombe blanche comme la neige, et la femme venue d'en haut la saisit doucement, la mit dans son sein, et, répandant sur ses pas une rosée de lumière, elle remonta lentement vers les cieux (1). Et là haut il se faisait une grande fête, et deux chœurs de séraphins, venus au devant de la femme, jetaient des roses et des lys devant ses pas, et le premier chœur des séraphins lui disait : « Quelle est » celle qui vient du désert enivrée de dé- » lices? » Et le second chœur répondait : « C'est » mon unique, ma bien-aimée, ma chaste co- » lombe. »

» Vite, Rodolphe eut compris que la femme vêtue de blanc et couronnée d'étoiles était la Reine des vierges, et la colombe fortunée, Richilde la recluse. Ce songe était doux, il n'éveilla point Rodolphe. Mais la scène allait bien changer. Tout à coup il vit un des anges qui venait d'épuiser sa corbeille de fleurs sur les pas de Marie , en retirer une coupe pleine d'un sang qui semblait bouillonner et criait vengeance, et sous le ciel cette voix roulait comme un tonnerre, et tout, dans l'asile do

(1) Ces., lib. XII, cap. 40.

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