‹ Les recluseriesChapitre 93 sur 112 · CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll

tempête , une clarté mystérieuse , une paix infinie, une touchante voix de prêtre, invoquant Celui dont le nom est à la fois terrible et doux! »

« Jamais émotion plus vive n'avait remué le cœur de l'étranger. Il tombe à genoux sur le gradin extérieur de la cellule et continue à dévorer de ses avides regards cet étrange spectacle. Théobald termine le sacrifice, quitte les vêtements sacrés, recouvre son front chauve de la noire cuculle et se prosterne sur le pavé de l'oratoire, la tête tournée vers l'autel. Le voyageur n'osait pas souffler dans la crainte d'interrompre l'oraison du solitaire. Elle dura longtemps. Impatient de voir de plus près cette imposante figure et de converser avec cet homme extraordinaire, il frappe doucement à la fenêtre, et l'appelle; le vieillard soulève la tête et, apercevant un homme, il arrive à lui en bénissant Dieu. « Mon fils, » dit-il à l'inconnu, qui par un mouvement instinctif et presque machinal , répond : « Grâces à Dieu ! » et le colloque suivant s'engage entre eux. Le reclus parla le premier :

« — C'est sans doute l'orage qui vous a conduit ici, à cette heure, mon fils? »

« — Oui, bon ermite, répond le voyageur. »

226 RECLUSERIES.

« — Je ne suis pas ermite , mon fils, je suis reclus; mais vous êtes brisé de la route, vos vêtements sont mouillés , vous avez froid. »

« — J'ai pu me dérober à l'orage, mon père, et je suis trop heureux qu'il m'ait fourni l'occasion de voir ce que mes yeux ont vu. »

« — Je puis, à cause de la circonstance, vous offrir un peu d'eau , quelques raisins secs et du pain noir. »

« — Merci, mon père; si je ne vous prive pas de votre repos, la seule chose que j'oserais vous demander, c'est l'explication de ce qui vient de se passer sous mes yeux. »

« — Parlez, mon fils. »

« — Mon père, je ne savais pas qu'on pût offrir ainsi, avant le jour et sans assistants , le divin sacrifice. »

« — C'est le privilège de la sainte réclusion ; nous appelons cela la messe solitaire. Quant à l'heure de celle-ci , c'est l'orage qui me l'a fait devancer. J'ai voulu prier pour les pauvres voyageurs. Vous étiez en route , ma prière était pour vous. »

« — Merci, merci, mon pèfe, j'allais à Saint- Chef, où m'appelle mon oncle agonisant . le vénérable abbé du monastère. »

Page 1