‹ Les recluseriesChapitre 96 sur 112 · chapitre vin · texte numérisé non relu

chapitre vin

l'amour-propre , je dois vous faire un aveu ; vous connaîtrez mieux alors le pauvre reclus, et vous cesserez de l'estimer à l'égal d'un saint.»

<( — Mais je suis confus. »

« — Non, écoutez; jurez-moi toutefois, par Notre-Dame, que vous ne révélerez qu'à un prêtre le secret que je vous confie. »

« Le voyageur jura par Notre-Dame de ne dire à personne, pas même à un prêtre, le secret qui allait lui être confié. »

» Alors, d'une voix plus douce, plus affectueuse, le reclus reprit la conversation. »

« — Apprenez donc quelle est la faiblesse de cet homme que tout à l'heure vous preniez pour un saint. Quoique je rougisse aujourd'hui du sentiment qui m'agitait alors , je ne puis encore y songer sans frémir. »

« C'était un jour de fête bien solennelle pour Stremiacum. Le baron Karl de la Tour-du-Pin revenait de la croisade, et rentrait dans sa chère cité. Autour de moi tout était en liesse; on sonnait les cloches , on tirait des coups d'arquebusade; mille bruits de pas, de cris, de hennissements de chevaux, mille voix d'hommes, de femmes , de petits enfants arrivaient à ma cellule , et moi, j'étais triste et morne. Tant de

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mouvements au dehors; au dedans, tant de solitude et de silence , ce contraste me frappa. Pour comble de maux, le pain du reclus étail en retard , ce qui n'arrive jamais , mon fils ; alors un grand ennui me saisit le cœur. J'avais bien éprouvé , dans cette vie de vingt ans, quelque peine à captiver mon imagination et à la renfermer étroitement dans ma cellule ; mais cette fois, c'était un tourment horrible, une obsession. Bientôt j'entendis les brillantes fanfares qui annonçaient l'entrée triomphale de l'heureux croisé... »

« — Vous avez été soldat, mon père?

« — Je suis reclus , mon fils.

« Je ne me retins plus , il me semblait que c'était un acte de frénésie qui m'avait amenédans cette cellule : ne pouvais-je pas servir Dieu dans le monde, ou au moins dans le monastère. J'y aurais joui de toute l'affection des frères, qui m'avaient choisi pour leur prieur. Il faudrait donc rester là toute ma vie! là, dans cette cellule déserte, sombre, effroyable. El ce sort odieux, c'était moi qui me l'étais choisi de préférence aux joies et aux honneurs du cloître. Me levant en sursaut, je me promenais à pas brusques et rompus dans ma cellule; mais

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