CHAPITRE vin
ces froides murailles, que j'atteignais à chaque pas, me repoussaient, m'étouffaient. Je m'élançai dans mon jardin, toutes mes fleurs étaient vives, radieuses; un rosier que je cultive avec soin étalait, comme un dôme, ses roses brillantes et fraîches. Je ne jetai pas môme un regard sur elles, je rentrai brusquement dans ma cellule, j'en ressortis aussi brusquement pour y rentrer encore. J'étais tellement hors de moi, que je parlais tout haut. Mes pensées se précipitaient en désordre et sans liaison , mon cœur sans amour était bouillonnant de désespoir. Tous les tourments de l'enfer semblaient dévorer mon âme , je n'avais plus d'espérance. »
« Si j'eusse pu verser du moins quelques larmes! Non, mes yeux étaient secs, arides; en revanche, une brûlante sueur inondait mon visage. En ce moment affreux, vous le savez, ô mon Dieu ! et l'aurez-vous oublié? je fus sur le point de blasphémer votre loi. Je m'écriais : Vœux imprudents! serment fatal! o mon fils, je vous scandalise... vous l'aurez voulu. Un religieux devrait avoir atteint la cime la plus élevée de l'abnégation , lorsqu'il veut embrasser la vie que je mène; mais l'esprit malin est si subtil, et l'esprit de l'homme est si faible! Heureuse-
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ment le Seigneur n'abandonnne jamais celui qui se confie à lui. Essoufflé , harassé de ma violente course, j'allais me jeter au pied de ce même autel d'où vous venez de me voir descendre. Dans ma fureur, je frappais de la tête contre la pierre, je m'agitais sur le pavé; vingt fois je fus prêt à me relever pour retourner à mon jardin , car je ne priais pas. Enfin, un soupir s'échappa de ce cœur coupable , il me vint en pensée une parole du Psalmiste : Le Seigneur est près de ceux qui ont le cœur désolé , il sauvera les humbles d'esprit. Pardon, m'écriai-je, ô Dieu de bonté! pardon! »
« Ce mot fut comme une lumière qui éclaira mon âme , comme un rayon de soleil qui ranima toute mon espérance; d'abondantes larmes vinrent alors, elles achevèrent de soulager cette tête perdue , cette poitrine oppressée, et dilatèrent mon pauvre cœur qui étouffait. J'éprouvai d'abord une grande confusion; puis, la confiance, l'emportant sur tout autre sentiment , j'entrai dans les plaies sacrées de Jésus, je m'y cachai tout entier. Je ne sais en vérité ce qu'alors il se passa en moi, mais après une heure de prières et de ravissement , je me levai consolé , ou plutôt guéri. Une paix