‹ Les réfectoires scolairesChapitre 3 sur 26 · L. — Bleu, tn*s bien. Mais ce sera-t-il possible · texte numérisé non relu

L. — Bleu, tn*s bien. Mais ce sera-t-il possible

D. — Je pense que oui. La question est assez haute pour toucher les esprits et les cœurs. Nul parti ne peut prétendre au monopole des initiatives généreuses ; et, spécialement en ce domaine, faut-il rappeler que les

frcmiers éducateurs caUioliques, qui se sont voués à enseignement populaire, ont compris la nécessité de

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donner aux enfants pauvres, avec la nourriture spirituelle, la nourriture du corps? Faut-il rappeler que des soupes scolaires existent depuis longtetaps dans certaines écoles de Sœurs ou de Frères de la Doctrine chrétienne?

Au surplus, ce qu'on a pu faire dans une assemblée politique, nous pouvons à plus forte raison le fïdrc ici. Je veux parler du Conseil communal de Saint-Gilles, où des représentants de toutes les opinions se sont mis d'accord, pour chercher quelle était la meilleure solution à apporter au problème des cantines scolaires.

L. — Oui, je la connais. Ce fut une belle discussion d'un caractère élevé. J'ai admiré à la fois la manière dont M. Dewinne, pour les socialistes, M. Van Meenen, pour les libéraux, M. Carton de Wiart, pour les catholiques, avaient développé leur argumentation ; et leur unanimité à souhaiter la réforme, leur sincère désir de la réaliser sont des exemples à proposer, Ils'ont montré, ce jour-là, que la.protection deTenfaUce misérable était leur souci commun.

D. — Faisons donc comme eux. Et d'abord, définissons notre sujet. Nous parlerons parfois de soupe, mais ce sera improprement. Il serait plus exact de dire cantine scolaire ou réfectoire scolaire. Nous entendrons par là toute institution qui, donnant aux enfants la nourriture, vise à les mettre dans les meilleures dispositions physiques possibles, pour recevoir avec fruit l'enseignement primaire.

L. — D'accord. Mais vous disiez tantôt que la chose n'était pas neuve. Pourtant, je ne la vois guère autour de nous.

D. — J'ai dit que ceux qui s'étaient préoccupés de l'enseignement du peuple, s étaient trouvés en face du problème et avaient parfois cherché à le résoudre. Aujourd'hui, sans doute, la question se pose d'une ■ manière plus large et plus générale. C'est que l'enseignement — et c'est à la louange de notre époque - s'est

généralisé. Aussi longtemps qu'il a été plus ou moins réservé aux flls des classes aiséeç, ceux-ci, convenablement nourris ciiez eux, n'avaient que faire d'un réfectoire scolaire. Mais à mesure qu'on est descendu plus avant dans les couches sociales, à mesure que la nécessité de l'instruction s'est imposée, même aux plus pauvres, on a rencontré des écoliers de moins en moins alimentés. Si, demain, l'instruction doit être donnée à tous les enfants, elle s'adressera à des organismes totalement incapables d'en profiter, à raison de leur misère . physiologique.

L. — Cela est trop évident pour être contredit. Si tous les enfants doivent être instruits, et je le pense avec vous, il est clair qu'il y en aura de pauvres et de très pauvres, insuffisamment nourris. Il est clair aussi que, vis-à-vis de ceux-là, l'effort des instituteurs, les sacriflces'des pouvoirs publics seront inutilement dépen- ■ ses ou, pour le moins, paralysés.

D. — Doncl'école, étendue aux classes nécessiteuses, nous amène au réfectoire scolaire. Et vous voyez maintenant les deux aspects de cette institution. D^une part, elle s'adresse aux enfants malheureux et revêt un caractère de bienfaisance. D'autre part, elle s'adresse aux écoliers et parait un accessoire de l'enseignement primaire. Il importe de noter ce point de départ ; en enet, le débat s'ODscurcit singulièrement dés qu'on prétend négliger un de ces deux points de vue fondamentaux. Ne voir dans les cantines scolaires qu'une œuvre de bienfaisance est une erreur et conduit à des conclusions insuffisantes; n'y voir qu'une œuvre purement scolaire est une erreur égale.

L. — Soit encore; c'est d'ailleurs l'ioterprétation ministérielle formulée par M. le Ministre de la Justice Van deo Heuvel, dans l'affaire de Tirlemœit et qui donna lieu, en 1005, à une interpellation parlementaire utile à" lire (1). {Annales des lï-13 décembre 1905. et 9 janvier 1906.)

(1) Arrêté royal du 15 août 1905. ^-, ,

II. — ]r faut, dan* l'Intérêt de l'éoole, que les enfants qui la fréquentent soient convenablement nourris.

D. — Ainsi notre sujet caractérisé et défini, ic pose ie théorème à démontrer : il faut, dans l'intérêt de l'école, que les enfants qui la fréquentent soient convenablement nourris. Cela paraît une évidence, à première vue. Pourtant, comme ce sera la base même de tout ce que nous allons dire, il importe de le démontrer rigoureusement, scientifiquement. Vos vingt-trois ans d'école vous donnent à cet égard une autorité spéciale ; je vous laisse donc la parole pour formuler votre avis sur ce point.

L. — L'enfant qui va à l'école a besoin d'être bien nourri, si l'on veut qu'il se développe physiquement et, intellectuellemeut. Je dis 'iCju'il se développe" et j'insiste sur ce verbe, qui marque bien l'effort que cherche à réaliser l'école primaire, où l'instruction doit s'eftacer devant l'éducation.

Pour beaucoup de gens, il n'y a que le travail matériel qui compte; ils envisagent, avec une bonne dose de scepticisme, l'eftort intellectuel qu'exige le travail scolaire.

C'est une erreur jjénible à const;itcr; elle trouves source diuis l'ignorance dos lois qui président aux foncrJ tions de rintelligcncc ; on considère encore trop crile-cjff comme une entité distincte de la nature physiologique^ de l'être humain. J

Ce point de vue métaphysique a les plus graves consé-* quences sur nos systèmes d'éducation.

D. — Comment cela? 11 est important de nous l'expliquer !

L, — Il faut, à l'enfant qui s'accroît et qui veut développer son intelligence, des réserves d'énei^ie. '

Qu'est-ce que Fénergie? C'est la faculté que p

un corps de fournir du travail. Supposuns un bloc de houille et une macliine à vapeur. Celle-ci a un foyer où brûle le charbon destiné à convertir l'eau en cette vapeur puissante qui actionnera te piston, lesbielles, les volants, et transmettra du mouvement à des machines.

L'agent qui donne la chaleur première destinée à fournir ce travail, c'est le bloc de nouille. Il renferme des trésors d'énergie.

Le charbon brûle sur les grilles de la chaudière, c'està-dire se combine avec l'oxygène de l'air : l'énergie chimique de 1^ liouille se transforme en énergie thermique ou chaleur ; celle-ci change l'eau en vaneur, laquelle met en mouvement le piston et les bielles et fournit du travail ; l'énergie thermique est, à son tour, transformée en énergie mécanique utile.

Cettepuissance accumulée dans le bloc de houille, c'est son énergie potentielle {poteniia = puissancfl), elle, est capable de produire du travail productif, par l'entremise des organes d'acier des machmes, organes moteurs et récepteurs.

D. ■— Mais notre corps n'est-il pas lui-même une machine admirablement combinée ? Il doit se comporter à peu près de la même façon.

L.—^ Notre corps est un ensemble d'os, de muscles, de nerfs, de sang et d'eau. Le foyer, c'est l'estomac ; la vapeur, c'est le sang qui c;rcule partout et que vivifie ' l'oxygène de l'air dans les poumons, siège d'une combustion active. Le cœur envoie, dans les moindres recoins de l'organisme, un flux sanguin abondant.

Les organes récepteurs de la machine humaine, ce sont les sens, les membres et le système nerveux, principalement le cerveau, si mystérieux, si prodigieux.

La puissance motrice qui les fait agir doit trouver sa source quelque part, puisque, dans la nature, rien ne se perd, rien ne se crée.

Cette source, c'est l'énergie cliimique contenue dans les aliments que l'estomac' incorpore^et qui donne^nais-

sanee à l'énergie calorifique ; celle-ci se transforme en énergie vitale et en mouvements.

En mécanique, tout mouvement, tout travail se mesure. L'unité de travail, c'est le kilogrammètre ou la force nécessaire pour élever un poids d'un kilogramme à un mètre de hauteur.

Or, comme le travail trouve sa source dans l'énergie calorifique, on a été amené à rechercher quelle quantiti5 de chaleur il faut pour obtenir un certain travail.

L'unité de chaleur, c'est la calorie, quantité de chaleur nécessaire pour élever, d'un degré centigrade, la température d'un litre d'oau.

lit une calorie, unité de chaleur, correspond à quatre cent vingt-cinq kilogrammètres.

Les industriels savent coipbien telle ou telle qualité de houille, dont ils alimentent leurs foyers, peut fournir de calories et, par conséquent, de travail mécanique, en tenant compte, évidemment, de certaines conditions. Il en est de même pour nos aliments. Eux aussi sont plus ou moins riches en calories qui fourniront à Icnfant les énergies nécessaires pour travailler à l'école.

D. — L'effort intellectuel de l'enfant réclame-t-il donc autant d'énergie ?

L. — Entre le litlérateur, le savant, l'artiste, créant ■ leurs œuvres, et les modestes travaux de l'école primaire, il n'y a qu'une difterence de degré.

L instituteur exerce constamment les sens desenfants, puisque c'est par ces sens qiie la connaissance doit pénétrer dans le cerveau, enrichir les mémoires, créer des associations et meubler l'imagination.

Aux cinq sens traditionnels, il faut ajouter le sens musculaire, le plus important, à mon avis; lorsqu'il est ■ mis en œuvre, il résume toutes les activités de la perception.

Or, loute perception est du mouvement; un influx nerveux va de l'oDJot vers le cerveau, par une action centripète; les cellules de l'écorce, cérébrale s'ébranlpnt

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' au prc la uéa

et souvent, comme dans la lecture, l'écriture, le dessin, le travail raanuol, une action centrifuge s'en suit.

Tout cela, c'est du mouvement, du travail donc, qui adùnaitre d'une sourced'énerçie : « Rien ne ae crée, rien ne se perd. -

D, — Ainsi, à l'école, tous les petits cerveaux sont occupés. La classe silencieuse est un atelier on travail incessant?

L. — Oui, et ce silence provient de l'attention spontanée que l'éducation mue en habitude, en attention volontaire.

Sans elle, pas d'enseignement possible.

— Attention, dit le maiLre en commençant sa leçon.

Et celte injoncDÎou revient souvent sur ses lèvres.

L'attention est l'arrêt du défilé perpétuel de nos idées,

Jirofit d'une idée maîtresse qui est, pour qui nous lit, émonslration à laquelle le lecteur veut bien s'intéresser.

Chez l'enfaot attentif, le corps entier converge vers son objet i les yeux, les oreilles fonctionnent avec intensité ; le sang afflue au cerveau, sous la contraction des nerfs vaso-moteurs ; le rythme de la respiration se ralentit, des mouvements se produisent, tels que la contraction du front, de l'œil et des sourcils.

C'est un arrêt, une inhibition, disent les plijsiologistes, inliibition maintenue par l'intérêt, par dos états aflectifs : crainte, récompense, émotion, amour-propre, sentiment du devoir, et combattue par la fatigue, qui se révèle par les mouvements de plus en plus fréquents de l'auditoire.

L'attention est donc un efîort constant, qui déprime à la longue et qui demande une dépense d'énergie.

D, — Et, par conséquent, l'enfant mal nourri est incapable d'attention, parce qu'il n'a pas su trouver, dans des aliments suffisants, les énergies chimiques, thermiques et mécaniques, qui sont les sources de son activité intellectuelle à l'école.

L. — C'est bien cela ! De même, l'enfant qui a des polypes, des végétations adénoïdes, est incapable d'attention soutenue, parce qu'il est gêné pour respirer.

Ij'insti tuteur ne doit pas punir de son inattention un enfant (|u'il faut soigner et guérir.

M. Van Biervhet, le réputé professeur de rUniversit«> de Gand, dont les travaux de psvclidlogîe expérimentale sont célèbres, nous écrivait :

" J'approuve de toute façon l'idée de donner une meilleure alimentation aux enfants nécessiteux fréquentant vos écoles.

" Il tombe sous le sens qu'un travail quelconque exige une, nourriture convenable et appropriée aux eflortsdt^mapdés.

" Pour le traTail intellectuel, il a été expérimentalement démontré que son rendement déijend directement de la circulation du cerveau.

" L'attention, notamment — et c'est sur elle, en somme, que s'appuie toute éducation — est intimement liée à l'abondance et à la richesse du sang qui traverse les centres nerveux.

« Exiger l'application, indispensable d'ailleurs, de la part d'enfants anémiés, est une cmauté inutile.

" J'applaudirai toujours, de tout cœur, aux tentatives généreuses comme celle que vous préconisez. ^

M. Van Biervlîet, dans ses belles études, a démontré que les mémoires sont aussi des mouvements, résuiian- IJcs d'énergies, qui doivent trouver leur source dans une nourriture abondante et riche.

Il faut donc que l'enfant qu'on veut éiiuquer soit

"" !nt pourvu d'aliments substantiels, appropriés

a âge et à son temj)érament.

Chez les écoliers bien nourris, dont le cerveau est amplement arrosé d'un sang généreux, l'attention est aisée et le travail scolaire bien dirigé est fructueux; mur les autres, la lei,'On est pénible, les progri^s lents; ils traînent de classe en classe, et plus de 80 "Vo ne terminent pas leurs études élémentaires". A SaintrQilles

même, M. Moricliar a déclaré que 6 "/o des enfants seulement vont jusqu'à ia fin de l'école |)rimaire.

Le peu que ces déshérités ont retenu, ils l'oublient vite; leur cerveau fonctionnait si mal dans l'atmosphère confinée de l'école !

Mal nourris, mal vêtus, mal lavés souvent, leurs conditions d'existence paraissent un défi constant aux lois de rirygiène.

D. — Mal lavés! Quel rapport existe-t-il entre la propreté du corps et le travail scolaire? La distribulion d'eau devrait donc aller de pair avec la distribution d'aliments ?

L. — Plus do 50 °/o des enfants ne se baignent jamais. Comment ces corps, empoisonnés par les ptomaïnes, peuvent-ils permettre une pensée active?

Nous respirons par la peau, comme par les poumonî.

Or, l'eau n'est pas toujours à la portée des ménages ouvriers, ni le linge non plus. C'est pourquoi les grandes ; villes créent les bains scolaires et les soins capillaires.

Tout se lient, tout se lie! Le mens sana in corpore snno des anciens est toujours d'actualité.

III. — Un certain nombre des enfants fréquentant les écoles sont mal ou insuffisamment nourris.

D. — "Vous venez de démontrer, avec une clarté et une précision parfaites, ce que le bon sens nous disait déjà : la nécessité d'une alimentation convenable pour les enfants des écoles, Jo vais poser maintenant un second jalon : cette alimentation convenable, tous les écoliersl'ont-ils? J'affirme que non.

L. — Ce n'est, hélas, que trop vrai. Mais on vous dira que c'est l'exception, minorité infime, tloni il n'y a pas heu de s'occuper, scolairement tout au moins; et

l'on vous ronTerra au Bureau de bienfaisance, quj a précisément pour mission de soulager, de façon discrète, ces infortunes-là, avec les autres.

D. — On me dira peut-être cela, mais vous ne le direz pas, car vous savez que ce n'est pas vrai. Le nombre des enfants mal nourris est relativement considérable, au contraire; les statistiques et les enquêtes ne l'ont que trop tristement prouvé.

L. — Voici quelques chiffres : Une enquête entreprise en 1894, à Bruxelles, par les soins de l'échevin de l'instruction publique, a montré que, sur 11.904 enfants fréquentant les écoles primaires, 2.120 paraissaient insuffisamment nourris. Sur 2.543 élèves des jardins d'enfants, 354 étaient dans le môme cas. Que plus de 50 o/o des enfants ne se baignent jamais, etc. M. le docteur Tlioclen a écrit que des entants arrivent à l'école sans avoir mangé.

A ScIiaerbeeE, ea 1896, une enquête assez liâtive a constaté que 20 "/o des enfants des écoles communales sont mal nourris et insuffisamment vêtus.

A Bruxelles encore, l'enquête de 1894 a montré que, dans les écoles primaires n™ 18, 5, 7 et 16, on a compté respectivement 34, 37, 48 et 51 "/o d'absences occasionnées surtout par la misère.

Des constatations analogues ont été enregistrées à Marcinelle, à plusieurs repnses.

Et j'ose affirmer que, dans les quartiers les plus pauvres, les trois quarts des enfants sont mal nourris; nos enquêtes détaillées sont là pour l'attester.

D. — Ces constatations font paraître véritablement odieux te langage de ceux qui nient l'étendue de la misère. Nous avons à secouer constamment l'inertie et l'égoïsme.

Que de gens qui ont bien chaud ch(^ eux ne peuvent convenir de la cruauté de la bise qui siffle au dcliors ?

Que de gens qui ont l'estomac rempli se refusent à entendre la plainte des ventres vides?

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L. — " S'ils n'ont. pas de pain, qu'ils mangent de la brioche! »

D. — Ce mot de princesse était une naïveté. Elle ne savait pas. Et il faut pardonner à ceux qui ne savent pas. Mais ceux qui savent, ceux qui auront lu vos cliiSres sont sans excuses quand leur égoïsme satisfait ferme volontairement les jeux sur la détresse dte pauvres.

. Nous, ouvrons lus nôtres et soyons attentifs. Voulezvous que nous cherchions ensemble les causes de la (Situation que nous déplorons? La cause découverte, s'indiqueront peut-être les remèdes. J'en vois, pour ma part, (leux principales ; d'abonl la substitution progressive, dans l'industrie moderne, du salaire personnel au salaire familial; ensuite, l'insuffisance ménagère d'un grand nombre de femmes dans la classe ouvrièi;e.

Jadis, dans l'industrie, peu développée, où le patjxin et l'ouvrier travaillaient ensemble, côte à côte, n'ignorant rien de leur, vie réciproque, le salaire se proportionnait fatalement aux besoins, plus encore qu'au travail fourni. On payait peu un apprenti, non seulement parce que son labeur était de qualité inférieure, mais parce qu'il était célibataire et sans charges. L'ouvrier, père de famille, se voyait traité non seulement comme ouvrier, mais comme père de famille. Le salaire était donc, par la force des choses et l'organisation même du travail, un salaire familial, permettant à la famille entière de subsister. Aujourd'hui, l'admirable évolution qui a transformé l'industrie, éloignant irrémédiablement l'ouvrier de son employeur anonyme, a eu cette conséquence fâcheuse de ne plus permettre de distinction entre le travailleur qui a. charge d'âmes et celui qui n'en a point. Tous deux sont payés également, ou du moins selon la besogne ou'ils fournissent. Le salaire est devenu de plus en plus personnel. Et tel salaire, qui peut 'paraître suffisant pour un homme seul, devient dérisoire et de famine si l'homme qui le reçoit doit le partager entre sa femme et ses eo^ts.

Les parts se réduisent à mesure que la famille augmente et les enfants ftnissenl par ne plus pouvoir manger à leur faim.

L. — En 1896, |>ar les ordres de M. le Bourgmestre Buis, une enquéle fut faite, au cours de laquelle on établit, avec beaucoup de soin, quelles étaient les" i-essources indispensables, à BruxeUes, à la vie normale d'un célibataire, d'un ménage sans enfants et d'un ménage avec enfants.

Pour le ménage avec enfants, la somme nécessaire, y compris un cinquième pour les dépenses imprévues, est de 1 .690 francs, ce qui, pour 300 jours de travail, représente un salaire de 5 fr. 65 par jour, salaire qui est loin d'être atteint par tous les travadleurs.

Pour le célibataire, le salaire quotidien nécessaire est de 3 fr. 58 et pour un ménage sans enfants de 3 fr. 74, donc sensiblement le même que pour un célibataire, l'économie réalisée par la bonne tenue du ménage compensant la dépense personnelle de la femme.

Ce chiffre de 3 fr, 60 environ est, à peu de choses

grès, égal à la moyenne des salaires bruxellois. Le chifire e 5 fr. 65 est fortement supérieur à la moyenne et se rapproche même du maximum. (1)

C'est donc quand les enfants vont à l'école qu'ils scntentle plus le joug de la nécessité et que leur évolution normale menace aètre arrêtée : l'enfant pauvre parait plus jeune que son. âge, son poids augmente plus lentement que celui de l'enfant aisé, sa taille s'élève moins vite et sa cage thoracique s'amplifie peu. — Comment le cerveau se développcrait-il normalement dans un organisme souffreteux, maladif, afl'aissé?

. D. — A cette situation-là, je ne vois guère riu'un remède : un certain relèvement des salaires. C'est l'œuvre

(1) CitéparL, de Brouckère au (Conseil communal de Bruxelles en 1896. à l'appui d'une proposition établissant les cantines scolaires. — Id par M. Dewinne au Conseil communal de Saint- GiUea. en 190(j, sur le même objet.

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des syndicats ouvriers. Et cela nous etîtrfùnérait trojj loin de notre sujet. L'examen delà seconde cause que je vous signalais tantôt nous y ramènera, au contraire, en plein. Je veux parler de la déplorable ignorance de nos mères do famille, de leurs devoirs de monagores.

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