TRANSFERT
Un réflexe conditionnel étant établi, l’excitant conditionnel de ce réflexe peut servir à élaborer un nouveau réflexe conditionnel, dont l’excitant n’a jamais coïncidé avec l’excitant inconditionnel. C’est le phénomène ‘du transfert. Soit un chien pour lequel le son d’un métronome est devenu excitant auditif et provoque la sécrétion salivaire; dans une série d'essais, on montre au chien un carré noir, puis on lui fait entendre le métronome; au bout d’un certain nombre de répétitions, le carré noir provoque à lui seul la sécrétion. Il est devenu excitant conditionnel salivaire secondaire, le son du métronome étant l’excitant conditionnel primaire. On à un réflexe de deuxième degré.
On-peut schématiser l'expérience précédente de la sorte : Son et repas, réflexe conditionnel:
- Son, réflexe conditionnel; Carré noir et son, d’abord rien, puis réflexe conditionnel; | Carré noir seul, réflexe conditionnel; ce dernier est faible, passager.
Après peu de temps, ni son ni carré noir ne donnent de réflexe conditionnel. Mais il suffira d'associer l’excitant
UT
absolu au son pour avoir à nouveau le réflexe conditionnel. Le carré noir est donc inhibiteur conditionnel du son. Cette inhibition peut être évitée. Pour ce faire, il faut que l’excitant secondaire précède l’excitant primaire et que son action soit terminée quand celle de l’excitant primaire commence. Il faut, en outre, qu'il y ait un intervalle de temps entre les deux excitations. Par exemple, dans l'expérience précédente, la vue du carré noir (excitant secondaire) durera dix secondes, puis on laissera s’écouler un intervalle de dix secondes; enfin, le son du métronome (excitant primaire) durera trente secondes.
Pour le réflexe salivaire, Pavlov n’a pu créer d’excitant tertiaire, mais il a pu les obtenir avec la réaction douloureuse. IH attribue cette différence à ce que l’excitant conditionnel est plus fort dans le deuxième cas.
LE
Conclusions.
Comme l'étude rapide que nous avons entreprise le montre, les recherches de Pavlov se sont révélées très fécondes, jetant un jour nouveau sur l'étude du cortex, et par contrecoup, sur celle de la psychologie tout entière. L'activité du cortex se ramènerait à deux processus : un processus d’analyse, un processus de synthèse. Comme l'écrit Pavlov luimême : «Les agents réflexes conditionnels, signalant de facon ininterrompue les influences directement favorables ou destructrices du milieu environnant pour l’organisme, présentent des relations avec l’infinie variété et les modifications de ce milieu, autant avec ses moindres éléments qu'avec ses complexes plus ou moins grands. Cela devient possible seulement parce que le système nerveux possède des mécanismes éliminant pour l'organisme, du milieu complexe de l'ambiance, ces éléments séparés, mécanismes analyseurs, et aussi des mécanismes accumulateurs, assemblant ces élé-
ments en tels ou tels autres complexes, mécanismes de synthèse. »
Et plus loin : «Le système nerveux est toujours un Ccomplexe plus où moins grand d'appareils analyseurs, « d'analyseurs ». La partie optique fait valoir pour l’organisme les variations lumineuses, la partie auditive, celles de l'air. De son côté, chacune de ces parties divise le domaine correspondant du monde extérieur en une série d'éléments séparés. A chacun des analyseurs donnés doivent être attribués autant les appareils périphériques de divers nerfs afférents (transformateurs, dont chacun ne transiorme en processus nerveux qu'une énergie déterminée) que les nerfs eux-mêmes et leurs terminaisons cérébrales. Il est évident que dans le travail analyseur ils prennent part autant les uns que les autres. Les degrés les plus inférieurs d'analyse sont, certes, propres aux parties inférieures du système nerveux (et aussi à la substance peu différenciée des animaux n'ayant pas de système nerveux), car l'organisme privé de cerveau, par exemple, répond de façon très variée suivant les endroits, l'intensité et la qualité de l'excitation de sa surface extérieure. Mais l'analyse supérieure, la plus fine dont est capable l'animal examiné, ne peut être obtenue que grâce aux hémisphères. » Ainsi l’ensemble des fonctions sensorielles constitue les analyseurs : il est des analyseurs visuel, ther-. mique, labyrinthique... La valeur de l’analyseur, sa finesse, varient avec les espèces : l’analyseur auditif du chien est supérieur à celui de l’homme, dont l’analyseur visuel est à son tour supérieur à celui du chien.
Pour confirmer encore la justesse de ses vues — et point n'en élait besoin — Pavlov apporta la preuve anatomique des rapports des réflexes conditionnels avec le cortex cérébral. Comme on l'a déjà dit, l’ablation des hémisphères entraîne la perte de tous les réflexes conditionnels : les hémisphères sont donc absolument indispensables au mécanisme psychique. Si l’on se borne par l’acte opératoire à réaliser une lésion de la région pariétale, les réflexes conditionnels