CHAPITRE m
Jean Hus avant son jugement.
Après avoir beaucoup fait pour l'extinction du schisme , le concile tourna tous ses efforts contre rhérésie.
Déjà , en condamnant Wycliffe et ses œuvras , il avait tenté de flétrir dans leur source les doctrines nouvelles; il s'agissait maintenant de sévir contre ceux qui osaient les répandre. Malgré toute la distance qui séparait , quant au dogme , Wycliffe et Jean Hus, la voix publique désignait celui-ci comme le disciple, comme le successeur du grand hérésiarque d'Angleterre, et , à bien regarder , Jean Hus continuait en effet Wycliffe ; il défendait comme
lui, contre l'autorité sacerdotale, l'autorité des Écritures et celle de la conscience; il s'écartait fort peu, il est vrai, sur tout autre point, des doctrines de l'Église romaine; il posa seulement un principe dont la conséquence était le droit de s'en écarter si la conscience en faisait un devoir. C'était assez ; il y avait là le germe d'une révolution ; sa perte était donc résolue , et jamais plus grande cause n'eut une plus noble victime.
Aucune douleur ne lui fut épargnée. L'arrestation de Jérôme de Prague avait été pour Jean Hus, son maître et son ami, une cruelle épreuve ; la consolation d'une captivité commune leur fut refusée; et tandis que Jérôme languissait enchaîné dans la tour du cimetière de Saint-Paul, Hus demeurait à Gotleben sous la garde de l'évéque de Constance.
Toutes ses lettres, tous les témoignages contemporains attestent , à cette dernière époque de sa vie, sa patience , sa douceur angélique et sa résignation aussi constante que son malheur. Si l'indignation avait autrefois empreint quelques-uns de ses actes ou de ses écrits de trop de violence ou d'amertume, ces défauts avaient fait place aux vertus opposées, et Dieu permit qu'il ne fût jamais plus digne de la couronne d'immortalité dans le ciel qu'au moment où ses ennemis se disposaient à