‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 113 sur 274 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lui infliger le martyre sur la terre. Jamais nul, plus que lui, ne montra une foi pleine d'espérance et de gratitude au milieu d'épreuves où les hommes charnels n'eussent vu que des motifs de larmes et de désespoir, a Cette parole de notre Sauveur, dit- « il , est pour moi une grande consolation : Vous « serez heureux, dit Jésus, lorsque les autres vous « haïront, lorsqu'ils vous accableront de mépris et « vous infligeront des maux cruels à cause de moi : « réjouissez-vous alors, car votre récompense sera « grande dans les cieux. »

Jean Hus , comme la plupart des hommes d'une piété ardente , unissait à un grand courage cette exaltation de l'âme, cet enthousiasme oîi nous devons voir souvent une influence directe de l'Esprit divin , et qui aide l'homme à surmonter les plus grands obstacles , les plus poignantes douleurs. Mais ce développement extatique des facultés supérieures, cet état extraordinaire de l'âme dont la science a tant médit, parce qu'elle se reconnaît impuissante à l'expliquer, ne portent, en Jean Hus, aucune atteinte à l'humilité.

Déjà quand, chassé de Prague, il errait dans les villages de la Bohême, suivi d'un peuple attentif à ses paroles, il disait : « Les méchants, avec leurs « citations et leurs anathèmes , ont enveloppé la

« pauvre oie (1) de leurs filets; mais si cet oiseau « domestique et paisible , dont le vol n'est pas « élevé, a rompu leurs lacs , combien plus seront- « ils brisés par d'autres qui planeront dans les « cieux. Au lieu d'un faible oiseau, la vérité a en- « voyé des aigles à l'œil perçant, au vol hardi; « ceux-ci en gagneront plusieurs à Jésus-Christ, « qui mettra sa force en eux (2). »

Il eut des visions et des songes prophétiques. Une nuit, dans son cachot, il rêva que les prêtres voulaient détruire les images de Jésus-Christ, qu'il avait fait peindre sur les murs de sa chapelle, à Bethléem (3). « Le lendemain, dit-il, je rêvai que « je voyais plusieurs peintres occupés à tracer des « images du Sauveur plus nombreuses et plus bril- « lantes, et ils s'écriaient avec une grande foule de « peuple : Viennent maintenant les évêques et les « prêtres ! Qu'ils effacent celles-ci , s'ils le peuce vent ! Et la foule se réjouissait , et moi avec « elle (4). »

— « Occupez-vous de votre défense plutôt que

(1) Hus signifie oie en langage bohe'mi(^n,

(2) Epist. VI /. H^us., script, tenipore anat. et interrl. ponlif. (.3) Balbinus donne ce songe de Hns pour anlericiir à sa capli-

vité; il n'y voit que le présage des calamités qui allaient fondre sur l'Eglise et sur la Bohème. {EpH. rer. Bohevu, p. 412.) (i) Epist. xïJV.

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