‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 123 sur 274 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

5o Le pouvoir du pape^ comme vicaire de Jébus- Christ^ est nul^ si le pape ne se conforme à Jésus- Christ et Cl saint Pierre dans sa conduite et dans ses mœurs.

Hus donne de cet article une explication satisfaisante, en disant que la puissance d'un tel pape est nulle quant au mérite et à la récompense, mais non quant à l'office.

6" Le pape n'est pas très-saint parce quil tient la place de saint Pierre^ mais parce qu'il possède de grandes richesses.

Jean Hus ne reconnaît point cet article, et il affirme qu'il a dit dans son livre : Le pape n'est pas très-saint parce qu'il tient la place de saint Pierre et qu'il a de grandes richesses; mais s'il imite Jésus-Christ dans sa douceur, dans sa patience, dans ses travaux *>t dans sa charité, alors il est saint.

7° Aucun hérétique, après la censure de l'Eglise, ne doit être abandonné au bras séculier pour être puni corporellement.

8° Les grands du monde doii^ent obliger les prêtres à observer la loi de Jésus- Christ.

9° Si celui qui est excommunié par le pape en appelle à Jésus ^ Christ ^ cet appel empêche que l'excommunication lui soit préjudiciable.

Jean Hus nie que cet article soit dans son livre ; mais il convient qu'il a lui-même appelé du pape à Jésus-Christ.

1 0*^ Un prêtre qui vit selon la loi de Jésus-Christ doit prêcher nonobstant une excommunication prétendue.

L'article est reconnu ; mais Hus affirme qu'il n'a entendu parler que d'une excommunication injuste.

1 1 ° Les censures ecclésiastiques, dites fulniinatoires, que le clergé a inventées pour s'exalter luimême et pour s'assujettir le peuple, sont antichivtiennes (1).

L'article est nié quant à la forme et avoué quant à la substance.

12° On ne doit point mettre d^ interdit sur le peuple, parce que Jésus-Christ, qui est le souverain pontife, n'a point jeté d^ interdit sur les juifs à cause des persécutions quil a subies lui-même.

Telles sont les propositions qui résument les vingt-six articles présentés par les adversaires de Hus comme extraits de son traité de l'Eglise. Sur

(1) Quas vocant in processibus suis fulminaliones. Lenfant, dont les citations sont d'ailleurs si exactes, ne paraît pas avoir rendu le sons de cet article avec sa précision habituelle. Hist. du Concile de Const., t. Il, p. 329.

CHAPJiBE V. 59

ces articles Hus refusa d'en reconnaître cinq, tous relatifs au pouvoir des prêtres. Il montra de l'indécision en ce qui concerne la cruelle doctrine relative aux hérétiques, et dont il se voyait sur le point d'éprouver lui-même la rigueur (1). o L'hé- « rétique, dit-il enfin, ne peut être corporellement « puni qu'après avoir été charitablement instruit « par des arguments tirés de l'Écriture. »

Tandis qu'il parlait, un de ses juges lui reprocha d'avoir comparé, dans un de ses traités, aux Pharisiens et aux sacrificateurs qui avaient livré Jésus- Christ à Pilate, ceux qui abandonnaient au bras séculier un hérétique non convaincu. îl s'éleva un grand tumulte à ce sujet parmi les cardinaux et les évêques, et ils dirent : « Qui comparez-vous « aux Pharisiens ? »

« — Ceux, répondit Jean Hus, qui livrent un in- « nocent au glaive séculier, comme les scribes et « les pharisiens ont livré Jésus-Christ à Pilate.

« — En vérité, répéta le cardinal de Cambrai, « ceux qui ont extrait ces articles ont usé de grands « ménagements; il y a dans les écrits de cet homme

(1) t)ans les articles condamnés par les docteurs de Paris, Hu8 disait : . D'après la doctrine de Jesus-Chrisl, il ne faut point punir de njoit les hérétiques. » Les docteurs avaient condamné l'article comme scandaleux et téméraire. Gerson avait signé cette sentence.

60 LIVRE m.

« des choses beaucoup plus horribles et détes- « tables. »

On passa ensuite aux articles du livre écrit par Hus en réponse aux attaques de Paletz. Ces articles, au nombre de sept, étaient une récapitulation des précédents. On y trouvait en germe la doctrine de la prédestination; il disait dans l'un : « L'as- « semblée des prédestinés, qu'ils soient ou non en a état de grâce, constitue seule la vraie Église du « Christ. » Il disait dans un autre : « La grâce de la « prédestination est le lien indissoluble par lequel « le corps de l'Église et chacun de ses membres « est attaché au chef (1). »

Jean Hus, dans sa réponse à Paletz , s'élevait avec force contre l'usage impie d'appeler très-saint un pape très-indigne , et il répétait avec Wycliffe ce qu'il avait déjà dit tant de fois : Si un pape, un évêque, un prélat est en péché mortel , il n'est ni pape, ni évêque, ni prélat. Hus invoque à l'appui de cette assertion l'autorité des Pères les plus illustres, saint Augustin, saint Jérôme, saint Grégoire, saint Cyprien, saint Bernard, qui ont dit qu'un homme en péché mortel n'est pas chrétien ;

(1) L'opinion deHus sur la prédestination était celle d'un grand nombre de théologiens orthodoxes, et entre autres de Gerson.(Voy. Introduction, p. 61.)

Page 1