CHAPITRE VI
vérité telle qu'elle était comprise par sa raison. Il lutta et grandit aux yeux de ses contemporains et de la postérité par l'inébranlable fermeté de son âme, et ce qui fit sa force fait aussi sa gloire. «Je « ne puis signer ce formulaire, dit-il, d'abord , «' parce qu'il faut condamner comme impies di- « verses propositions que je tiens pour vraies , et « ensuite parce que je donnerais ainsi un scandale « au peuple de Dieu à qui j'ai enseigné ces vérités. »
Un homme que les uns ont cru être le cardinal de Viviers, président du concile (l), et d'autres, avec plus de raison, un docteur polonais, ami de Hus et nommé Jean Cardinal, insista vivement auprès de lui pour qu'il abjurât (2). Hus lui répondit :
« Si Éléazar, qui était un homme de l'ancienne « loi, ne voulut jamais dire contre la vérité qu'il « avait mangé de la chair défendue, de peur d'of- « fenser Dieu et de laisser un mauvais exemple « à la postérité, moi qui suis prêtre de la nouvelle « loi, quoique indigne, voudrais-je, par crainte « d'une peine passagère, transgresser la loi de « Dieu pour un si grand péché que le parjure? « Certes, j'aime mieux souffrir la mort, et comme « j'en ai appelé à Jésus-Christ le juge tout-puis-
(1 ) Lulher est de ce nombre.
(2) Voyez à ce sujet Lenfaot, Conc. de Const., t. 1er, p. 343, etc.
« sant, je m'en tiens à sa sentence, persuadé qu'il « ne jugera ni sur de faux témoignages ni selon « des conciles sujets à l'erreur, mais selon la « vérité (I). »
Hus persévéra jusqu'à la fin dans les mêmes dispositions, n'affirmant point que ses écrits fussent exempts d'erreur, mais refusant d'en avouer aucune des lèvres avant de l'avoir reconnue dans sa conscience.
Alarmés de l'impression que produirait en Bohème, en Allemagne, en Europe, le supplice d'un homme si célèbre et dont la vie sainte présentait un si grand contraste avec celle de la plupart de ses juges, les cardinaux et les évêques n'épargnèrent aucun effort pour obtenir une rétractation de sa bouche. «Le concile, dirent plusieurs, est ar- « bitre suprême dans les cas de conscience , et si « l'acte qu'il demande est un parjure, lui seul en « sera responsable devant Dieu. »
Jean Hus voulait bien admettre que le concile était juge souverain sur les points de droit, mais il soutenait qu'il ne l'était pas également sur les points de fait. Il disait que l'auteur d'un livre devait savoir mieux que personne s'il avait ou non enseigné dans ce livre et publié les doctrines qui lui étaient impu-
(1) Epist. XXXIX.