‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 129 sur 274 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tées. Il défendait exactement contre le concile la cause que soutinrent en France, trois siècles plus tard, des hommes aussi recommandables par la science que par la vertu. Il succomba comme eux. Le concile, comme le pape, prétendait être infaillible sur le fait autant que sur le droit, et un docteur imperturbable, cherchant à ébranler Jean Hus, poussa l'inflexible rigueur de son principe jusqu'à employer cet argument aussi étrange que logique. « Quand Jiien même , dit-il , le concile « prétendrait que vous n'avez quun œil, quoique « vous en ayez deux, encore seriez-vous obligé « d'en convenir avec lui (1).

« — Aussi longtemps que Dieu me conservera « ma raison, répondit Jean Hus, je n'aurai garde « de dire une telle chose, quand l'univers entier « voudrait m'y contraindre. »

Depuis ce temps il n'eut d'autre pensée que de se préparer à la mort et d'adoucir pour les siens l'amertume d'une séparation cruelle, en fortifiant leur confiance et leur espoir en Dieu. Dans une lettre qu'il écrivit en Bohême à ses fidèles disciples : « Mes bien-aimés, leur dit-il, je vous conjure « d'obéir à Dieu, de glorifier sa parole, d'adhérer « toujours à la vérité de celui dont je vous ai en- (1) Hus. Hisl. et Wonum., 1. 1.

« tretenusdans mes écrits et mes discours. Je prie, « si quelqu'un d'entre vous a entendu de moi une « parole qui lui semble contraire à la vérité, qu'il « la rejette. Je supplie quiconque aura pu remar- « quer quelque légèreté dans mes paroles ou dans « mes actes de ne point m'imiter en cela, mais de « prier Dieu qu'il me pardonne. Je vous conjure « d'aimer et de respecter les prêtres de bonnes « mœurs, et d'honorer surtout ceux qui souffrent « pour la parole de Dieu. Je vous supplie de ren- « dre grâces aux dignes seigneurs de Bohême, de « Moravie et de Pologne, qui se sont montrés les « défenseurs de la vérité et ont lutté courageuse- « ment contre tout le concile pour ma délivrance, « et en particulier à Wenceslas Duba et à Jean de « Chlum ; ajoutez foi à tout ce qu'ils vous rappor- « teront de moi. J'écris cette lettre dans ma prison « et de ma main enchaînée, attendant demain ma « sentence de mort , avec pleine et entière con- « fiance que Dieu ne m'abandonnera pas, qu'il ne « permettra point que j'outrage sa vérité sainte en « confessant ce que de faux témoins ont mécham- « ment allégué contre moi. Lorsque, avec l'aide du « Christ, nous nous reverrons dans la douce paix « de la vie future, vous apprendrez combien Dieu « s'est montré miséricordieux envers moi, combien

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