‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 131 sur 274 · CHAPITRE VI. t l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. t l

Hus lui adressa la parole d'un ton triste et doux. «Paletz, dit-il, j'ai prononcé devant le concile « quelques paroles offensantes pour vous... Par- « donnez-moi. »

Paletz alors, ému lui-même, le supplia d'abjurer.

« Je vous en conjure, lui dit-il, ne considérez « pas la honte d'une rétractation, mais seulement « le bien qui doit en résulter.

« — L'opprobre de la condamnation et du sup- « plice, répartit Jean Hus, n'est-il pas plus grand « devant les hommes que celui de l'abjuration ? « Comment donc pouvez-vous croire que ce soit « une fausse honte qui me retienne? Mais, dites- « moi, si l'on vous imputait faussement des erreurs, « que feriez-vous? Voudriez-vous les abjurer?

« — Cela serait dur, en effet, » répondit Paletz; et il pleura.

« Est-il possible , reprit Jean Hus , que vous « ayez dit en plein concile en me désignant : Cet « homme ne croit pas en Dieu ? »

Paletz le nia. « Vous l'avez dit pourtant, répéta « Jean Hus ; vous avez dit encore : Depuis la nais- « sance de Christ, il ne s'est vu aucun hérétique « plus dangereux. Ah ! Paletz , Paletz , pourquoi « m'avez-vous fait tant de mal ? »

Paletz répondit en roxlH)i'lant à se soumellro, et il pleura encore (1).

Parmi tous ceux qui s'employèrent à obtenir une rétractation de Jean Hus, nul ne s'y porta plus vivement que l'empereur. Lorsque l'accès de sa colère fut passé, et surtout lorsqu'il fut sorti de ce concile qui l'exhortait à sévir et dont il partageait la superstitieuse intolérance, il rentra en lui-môme, et il se souvint que Jean Hus était venu au concile sur sa parole et sous sa sauvegarde. Il craignait, en le livrant aux flammes , non-seulement les sourds reproches de sa conscience , mais aussi le cri des peuples indignés. Si, au contraire, il le couvrait de sa protection, après l'avoir abaiîdonné à ses juges, et le sauvait du supplice après avôif permis qu'il fût condamné, il soulevait contre lui tout le concile, dont ses étroits préjugés, ainsi que son titre de défenseur de l'Église, lui ordonnaient de faire exécuter les volontés. L'abjuration de Jean Hus pouvait seule tirer l'empereur de peine; aussi n'épargna-t-il, pour l'obtenir, ni instances, ni séduction, ni menaces. Tout fut vain. Ses efforts n'inspirèrent à Jean Hus qu'une pitié douloureuse. « Ne mettez point votre confiance dans les princes « de la terre (2), » écrit-il à ses chers Bohémiens; (0 J. Hus.,Ep\s\, xxx,xxxi,xxxii, — (2)Epist. xxxiir.

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