‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 140 sur 274 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

« mortel, et, prêt à paraître devant Dieu, je n'achè- « terai point l'absolution par un parjure. »

Comme il voulait parler à la foule en allemand, l'électeur palatin s'y opposa et ordonna qu'il fût brûlé. « Seigneur Jésus, s'écria Jean Hus, je veux « endurer avec humilité cette mort affreuse à cause « de ton saint Évangile ; pardonne à tous mes en- « nemis. » Tandis qu'il priait ainsi , les yeux élevés vers le ciel, sa couronne de papier tomba : il en sourit; mais les soldats la lui remirent sur la tête, afin, dirent-ils, qu'il fût brûlé avec les diables qu'il avait servis.

Ayant obtenu la permission de parler à ses gardes , il les remercia des bons traitements qu'il en avait reçus. « Mes frères, dit-il, sachez que je crois a fermement en mon Sauveur ; je souffre pour son « nom, et aujourd'hui j'irai régner avec lui. »

Son corps fut aussitôt chargé de liens et attaché à un poteau que l'on enfonça dans la terre. Comme il était ainsi, le visage tourné vers l'Orient, quelques-uns y trouvèrent à redire parce qu'il était hérétique. On le tourna donc vers l'Occident, et sa tête fut fixée au poteau par une chaîne souillée de suie, et dont la vue inspira de pieuses réflexions à Jean Hus sur l'ignominie des souffrances du Sauveur.

On mit des fagots sous ses pieds , on amoncela autour de lui le bois et la paille. Alors l'électeur palatin, accompagné du comte d'Oppenheim, maréchal de l'empire , s'approcha et l'invita encore une fois à se rétracter; mais lui, regardant le ciel : <i Je prends Dieu à témoin, dit-il d'une voix forte , « que je n'ai jamais ni enseigné , ni écrit ce dont «m'accusent de faux témoins; mes discours, mes « livres, mes écrits, j'ai tout fait dans la seule pen- « sée , dans le seul but d'arracher les âmes à la ty- « rannie du péché. C'est pourquoi je signerai au- « jourd'hui de mon sang avec joie cette vérité que «j'ai enseignée, que j'ai écrite, que j'ai publiée, « et qui est confirmée par la loi divine et par les «saints Pères. »

L'électeur et le maréchal se retirèrent et l'on mit le feu au bûcher. « Jésus, fils du Dieu vivant, «cria Jean Hus, aie pitié de moi! » Il pria et chanta un hymne au milieu des douleurs; mais bientôt, le vent s'étant élevé, sa voix fut étouffée par les flammes. On le vit ainsi quelque temps encore, remuant la tête et les lèvres, et comme priant en lui-même; puis il rendit l'esprit. Ses habits furent consumés avec lui ; les bourreaux déchirèrent en pièces les restes de son corps et les rejetèrent dans le bûcher jusqu'à ce que le feu eût tout dé-

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voré ; ses cendres furent ensuite recueillies et jetées dans le Rhin (l).

Ainsi périt à quarante-cinq ans un des hommes dont le caractère fait le plus d'honneur à l'Église chrétienne , et il n'est pas facile de discerner, à la première vue, les causes véritables de son supplice. On trouve ces paroles dans un ancien exemplaire manuscrit de ses œuvres : Aussi longtemps que Jean Hus ne fit que déclamer contre les vices do^ séculiers, chacun disait qu'il avait l'esprit de Dieu ; mais aussitôt qu'il se fut attaché aux ecclésiastiques, il devint odieux^ car c était là toucher la plaie. Cependant beaucoup d'autres s'étaient impunément élevés avant lui contre les abus de l'Église, contre les vices du pape et du clergé ; il suffit, pour s'en convaincre, de lire les écrits de ses contemporains, de Pierre d'Ailly, de Clémangis, de Gerson, et de tant d'autres prêtres et docteurs révérés par l'Église. On trouve dans leurs traités, et

(1) Tous les détails que nous avons donnés sur le juj^enicnl et la mort de Jean Hus sonttidèlemenl extraits des manuscrits de Brunswick, de Leipsik et de Golha, recueillis par Von der Hanlt; de V Histoire de la vie de Hus, piiblic'e par un témoin oculaire et insérée en tête de ses œuvres, et de V Histoire des Hussiles, par Théobald. Ils ne furent démentis par aucun de ses contemporains, et la pieuse inlrépité du martyr est attestée par les historiens catholiques, ^Eneas-Sylvius Piccolomini, Reichcnlal et JeanCochlée. — Voir note C.

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jusque dans les discours que plusieurs prononcèrent en présence du concile , une foule d'expressions aussi violentes , aussi injurieuses qu'aucune de celles qui échappèrent à Jean Hus. Dans le langage des plus catholiques , l'Église romaine est hautement désignée comme un lieu d'iniquités , et un pape criminel comme un antechrist. Jean Hus, d'ailleurs, admettait les dogmes de l'Église catholique; il était déjà en prison lorsque Jacobel communia les laïques à Prague sous les deux espèces, et l'approbation qu'il donna à cette pratique, établie sur l'autorité des Écritures et de la tradition, ne fut connue du concile qu'après sa mort. Interrogé sur la transsubstantiation et sur la Trinité, il répondit par la formule catholique; en ce qui touche les autres croyances de l'Église, sur les sacrements, sur la confession, sur l'intercession des saints, sur l'adoration des images, sur les œuvres, sur le Purgatoire, sur les traditions, les réponses de Hus au concile, ses lettres et ses écrits témoignent qu'il ne s'écartait pas des opinions reçues dans l'Église. Quant à sa doctrine touchant l'absence du caractère spirituel dans les mauvais prêtres, doctrine si longtemps obscure dans sa propre pensée, il finit par en donner une explication catholique, en avouant que, dans le ministère d'un

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