CHAPITRE VIII
ÂfTaire de Jean Petit. — Gerson accusé d'hérésie.
On lit dans une histoire manuscrite du concile de Constance que, le lendemain de la condamnation de Jean Hus, on lut sur les portes des églises de la ville un écrit ainsi conçu: Le Saint-Espril aux fidèles de Constance, salut. Ayez soin de vos affaires; pour nous ^ étant occupés ailleurs^ nous ne saurions demeurer davantage au milieu de vous; adieu (1).
L'opinion sévère exprimée dans ces lignes trouvait cependant peu d'échos à Constance, et l'esprit
(I) Mscs. Voyez Lciifaiit , Histoire du Concile de Conslance, livre I!l.
sacerdotal s'était si complètement substitué dans le monde religieux à l'esprit évangéiique que les moyens de contrainte les plus violents, les plus cruels, n'excitaient aucune horreur dans ceux qui ne partageaient pas les opinions condamnées (1).
Lejugement si différent que portent aujourd'hui la plupart des chrétiens sur l'emploi du fer ou du feu pour soumettre les âmes n'est pas la marque la moins forte des progrès de la raison humaine, et si la bonne foi des juges dans le drame affreux de Constance est une excuse pour leur conduite , elle est aussi une condamnation pour l'esprit de leur époque. Le concile crut sérieusement que le sacrifice humain qu'il venait d'accomplir attirerait sur ses travaux la bénédiction divine , et il ordonna à cette occasion des processions solennelles. Toutefois, dans la session même où Jean Hus fut condamné, cette assemblée, qui prétendait ne recevoir ses inspirations que du Saint-Esprit, donna une forte preuve de la facilité avec laquelle elle cédait à d'autres influences.
On a vu (2) que, parmi les grandes affaires défé-
(1) On montre pourtant à Constance, dans le chœur de !a grande église, un monument auquel se rattache une touchante tradition : c'est le tombeau d'un évoque anglais, qui mourut, dit-on, de la douleur que lui causa la mort de Jean Hus. Rev. Suisse, 1839.
(2) Tome 1er, page t75.