‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 145 sur 274 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

sance (!). Ce sens droit, cette mâle fermeté inspiraient tous ses actes, et il n'eut rien de plus à cœur à Constance que d'être conséquent avec lui-même, Gerson d'ailleurs, depuis le supplice de Jean Hus, avait à rendre un compte sévère à Dieu et à sa conscience. L'ardent désir de fonder l'autorité de l'Église sur l'infaillibilité des conciles, l'horreur qu'il avait de l'hérésie, le préjugé universel qui faisait regarder comme une œuvre pie le supplice d'un hérétique , tout avait contribué à armer Gerson contre Jean Hus. La nature cependant avait fait leurs âmes dignes l'une de l'autre, et parfois, lorsque les passions du théologien faisaient silence, lorsqu'une inflexible logique était moins écoutée, la triste image de Hus sur son bûcher, de la victime pardonnant à ses bourreaux et priant dans les flammes, se présentait à son juge.

(1) « Après Dieu je dois tout au duc de Bourgogne, » dit Gerson en parlant de Philippe IF, père de Jean-sans-Peur. Aussi nulle affliction n'avait e'galé celle que ressentit Gerson des crimes commis par le fils de son bienfaiteur. Mais qu'allait-il faire en présence de l'apologie de ce crime? La religion, la morale, la société étaient d'un côté, et de l'autre un prince puissant, qui semblait protégé à la fois par la reconnaissance et par la crainte. Le chancelier resta fidèle à la morale publique, et résolut de poursuivre, à ses risques et périls et de tout son pouvoir, la doctrine homicide prcchée au nom du duc de Bourgogne.

(Prosper Faugères, Éloge de J. Gerson.) II. 8

il4 LIVRE llf.

il est impossible que cette vision funèbre ait trouvé Gerson toujours égaleraent ferme, également insensible ; sans doute, alors, agité par un poignant souvenir, il sondait son grand cœur, et s'il l'avait senti coupable de quelque faiblesse, s'il l'avait reconnu dominé par d'autres intérêts que par ceux de la religion et du devoir, s'il eût enfin, dans toute autre circonstance , déployé moins de zèle contre le crime des hommes puissants qu'il ne l'avait fait contre l'hérésie de Hus, l'arrêt de celuici eût pesé sur son cœur comme un remords.

Cet état douloureux, ce combat intérieur entre une logique impitoyable et de nobles regrets se trahit souvent dans les orageux débats qui suivirent. Le style de celui qui écrivit les douces pages de Parvulis ad Christum trahendis devient acerbe et virulent ; l'emportement de la parole accuse l'agitation du cœur, et, plus d'une fois , en voyant avorter ses efforts contre quelques hommes égarés ou dangereux, il s'écrie dans l'amertume de son âme : « Jean Hus était moins coupable (1) H »

Le concile parut d'abord favorable aux vœux du

(1) Pour tout ce qui est relatif à l'affaire de Jean Petit dans le concile de Constance, voyez la troisième partie du cinquième volume des œuvres de Gersoo , recueillies par Dupin.

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