‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 146 sur 274 · CHAPITRE Vni. 1 1 T · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vni. 1 1 T

roi et de l'Université de Paris. L'évêquc d'Amas, Martin Porée, Pierre Cauchon et les autres députés du duc de Bourgogne mettaient tout en œuvre pour que la cause fût considérée comme étrangère à la foi: il ne s'agissait, disaient-ils, que d'une simple question de morale, et la religion n'y avait aucun intérêt. Le concile, dans le principe , ne partagea point cette opinion. En présence des hérésies, des doctrines nouvelles qui s'annonçaient de toutes parts, une commission de douze membres avait été nommée, sous le nom de Commission de la joi et de Collège rêformaloive ; elle fut chargée d'examiner toutes les causes touchant la foi, les mœurs, et la réformation de 1 Église, et d'en juger jusqu'à sentence définitive du concile. Plus tard, lorsque Gerson eut demandé la condamnation de la doctrine de Jean Petit et la confirmation de la sentence de l'évoque de Paris, deux des trois cardinaux auxquels l'affaire avait été précédemment soumise, le cardinal des Ursins et celui d'Aquilée, furent adjoints à la commission de la foi (1) : c'était confondre la cause avec celles qui avaient la foi pour objet. L'influence française était alors prédominante , et quoique Gerson , au plus fort du débat, n'eût jamais prononcé une accusation directe contre le duc

(1) Le troisième, celui de Florence, en était dojà membre.

j 16 LIVRE III.

de Bourgogne, son premier bienfaiteur, le parti qu'il représentait ne tendait à rien moins qu'à traduire ce prince comme hérétique au concile.

Mais cet état de choses fut de courte durée : les progrès en France du roi d'Angleterre Henri V, allié avec Jean-sans-Peur, les largesses de ce prince, l'anarchie du royaume toujours croissante, et enfin la sanglante et désastreuse bataille d'Azincourt modifièrent non l'esprit des doctrines incriminées, mais les dispositions des juges. Le concile refusa d'impliquer dans l'affaire le puissant duc de Bourgogne ou tout autre de ses partisans; il n'osa même nommer son apologiste Jean Petit: il se borna à condamner en termes généraux la principale proposition de l'apologie conçue en ces termes : // est permis et même mériloire a tout vassal et sujet de tuer un tyran par embûche ou autrement^ nonobstant toute promesse et convention jurée avec lui^ et sans attendre la sentence et V ordre d'aucun juge.

Le concile déclare que cette doctrine est hérétique, scandaleuse, séditieuse, et qu'elle ne peut tendre qu'à autoriser les fourberies , les mensonges, les trahisons et les parjures.

Ce décret éludait la question et ne la décidait

Page 1