CHAPITRE VIII
Toulouse, ancien confrère et grand partisan de Jean Petit.
Martin Porée disait : « Les neuf propositions at- « tribuées par Gerson à Jean Petit sont probables « et ne sont pas fausses ; d'ailleurs ces neuf pro- « positions ont été mal déduites des huit proposio tiens de l'apologie, qui sont autant de vérités, « ce qu'il prouve en les confrontant. Gerson a « donc tronqué , falsifié l'apologie pour faire dire « à l'auteur ce qu'il n'a pas dit (1). Si les propo- « sitions de Jean Petit étaient fausses, il s'ensui- « vrait que, dans le cas d'un danger imminent, il a faudrait s'abstenir de frapper un meurtrier ; « et pourtant, si c'est un mal de frapper un homme, « c'est un mal plus grand de laisser assassiner son 0 souverain (2). EnOn , si ces propositions sont « condamnées , la guerre renaîtra entre le roi de « France et le duc de Bourgogne. »
Martin Porée et Jean de Rocha opposaient ensuite à la sentence de l'évéque de Paris une série d'objections dont chacune soulevait une grave question théologique. Les propositions de Jean Petit , ré-
(1) Joan Hiis soutenait \a même chose à l'égard des extraits tirés des œuvres do Wycliffe et des sionrics.
(2) Gers. Oper., Acla in Cnncil. Coym'.inl. cire, damnai, propos. Joan. Parvi, t.V, p. 403.
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pétaient-ils encore, sont étrangères à la foi , et si elles sont de foi , l'évéque de Paris n'a pu les condamner; il a empiété en le faisant sur les droits du siège apostolique et du concile. Si les évéques croient posséder le droit de décider dans les causes de foi, ce que l'un aura approuvé, l'autre le condamnera : de là naîtront des schismes et des hérésies; on multipliera à l'infini les articles de foi , et la religion chrétienne sera chargée d'un joug nouveau et insupportable. C'est une hérésie de commander de croire comme article de foi ce qui n'est pas article de foi, ou ce qui n'a pas été jugé tel par l'Église. Toute doctrine qui n'a pas encore été condamnée par l'Eglise est une cause majeure et doit être renvoyée au siège apostolique. Ce déplorable débat mettait ainsi à découvert un des côtés les plus faibles , les plus vulnérables de l'Eglise; les évêques , les docteurs lui reconnaissaient tous le droit , dont elle usait sans mesure, de juger, de condamner en toute matière touchant la foi ; mais ils ne pouvaient s'entendre ni sur ce qui était du ressort de la foi, ni sur l'autorité qui dans l'Eglise était apte à en juger.
Aux objections de ses adversaires, Gerson opposait des raisons excellentes , sinon victorieuses, et en cela il fut vivement secondé par le cardinal