‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 149 sur 274 · CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI

de Cambrai, Pierre d'Ailly, son ami et son ancien maître. D'Ailly, membre de la commission de la foi, avait été récusé par l'évêque d'Arras, et de juge qu'il était dans l'affaire de Jean Petit il devint partie. Il publia un vigoureux Mémoire où il soutient que chacune des propositions de l'apologie doit être condamnée comme la proposition générale , et il en allègue pour raison les deux commandements : Tu ne tueras point ^ tu ne te parjureras point (1), et le verset où il est dit : Si (luelcjuun tue son prochain de dessein prémédité , 671 lui dressant des embûches , vous l'arracherez même de mon autel pour le faire mourir (2). D'Ailly opposa encore à Martin Poréo deux passages de saint Augustin, où ce docteur déclare homicide quiconque tue quelqu'un de son autorité privée, fût-ce un empoisonneur, un voleur, un hé rétique, et un décret formel du concile de Lyon contre les assassins; il déclare enfin que la doctrine de Jean Petit mérite condamnation beaucoup plus que cette proposition de Wycliffe qui porte que, si les seigneurs tombent en faute, les sujets peuvent les reprendre et les corriger (3).

(1) Exode XX, 13; Lcvil. XIX, 12.

(2) Exode XXI, H.

(3) Gers. oixT., ibid., p.lHt.

122 LIVRE m.

Gerson, dans une dialectique serrée, reprend en détail, et l'un après l'autre, tous les arguments de Martin Porée et de Roctia. Ceux même qui tiennent pour probables, dit-il, les propositions de l'apologie , ne sauraient se dispenser de les juger téméraires, et une probabilité ne saurait autoriser un assassinat. Qu'on ne dise point que leur condamnation troublerait la paix récente entre le roi de France et le duc de Bourgogne; quelle tranquillité, quelle paix peut-on espérer, si de semblables maximes sont répandues impunément ? Il est faux, il est hérétique de soutenir que la morale n'appartienne pas à la foi : l'Eglise a condamné comme autant d'hérésies plusieurs propositions purement morales extraites de Wycliffe et de Jean Hus. D'ailleurs, dit Gerson, toute proposition contenue dans l'Ecriture est de foi , et la proposition contraire est une erreur. Quant à Tobjection que les Universités et lesévêques n'ont pas le droit de condamner, touchant la foi , des doctrines qui ne l'ont pas été par l'Eglise , Gerson répond que le concile a décidé le contraire en approuvant les condamnation faites en Angleterre et en Bohême. S'il n'était pas permis aux ordinaires de prononcer dans les matières de foi, il s'ensuivrait, entre autres inconvénients , que les moines mendiants se-

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