‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 150 sur 274 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

raient les maîtres de tout , parce qu'en cour de Rome ils sont juges et parties. Si l'on objecte que les évêques et les ordinaires peuvent errer, le pape ne peut-il errer de même, et le présent concile ne l'a-t-il pas suffisamment prouvé (1)?

II faut s'abstenir ici de plus amples détails ; il suffit d'ajouter que Gerson , dans les assemblées des nations et dans plusieurs sessions générales , livra vingt-quatre assauts pour le même objet; il reparut chaque jour sur la brèche avec une énergie nouvelle, et il aurait triomphé sans doute s'il n'avait eu à vaincre que ses antagonistes, s'il n'eût eu à lutter dans le concile contre les plus redoutables auxiliaires de leur éloquence , savoir : la cupidité qu'enflammaient les secrètes largesses du duc de Bourgogne, et la crainte que sa puissance inspirait.

Les députés de ce prince n'ayant à redouter que Gerson et d'Ailly ne reculèrent devant aucun moyen pour les perdre; ils eurent recours à celui dont on abusait le plus dans le siècle : ils les accusèrent àliércsie. Gerson, le docteur très-chrétien , la lumière et l'âme du concile, d'Ailly, surnommé l'aigle de France et le marteau des hérétiques , accusés d'hérésie ! sérieusement dénoncés , poursui- (1) Gers.,u6t supra.

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vis à Constance dans ce même concile qui avait jusque-là vu par leurs yeux et parlé par leur bouche! voilà ce qui doit paraître incroyable, et c'est aussi le meilleur argument contre cette exécrable fureur de se peser entre chrétiens, de se poursuivre, de se condamner pour des mots, de se maudire pour de vaines opinions spéculatives, étrangères à toute loi morale, et résultant non de l'ensemble d'une doctrine, mais de quelques fragments épars ou mutilés de discours ou d'écrits.

Il ne paraît pas, d'après les documents de l'histoire du concile, qu'on ait donné suite à l'accusation contre d'Ailly : la pourpre romaine dont il était revêtu le mit hors de l'atteinte de ses ennemis. Les poursuites contre Gerson furent plus sérieuses, puisqu'il fut obligé de se défendre devant les commissaires de la foi : l'évoque d'Arras et Jean de Rocha présentèrent contre lui vingt -cinq chefs d'accusation tirés tous de quelques extraits de ses nombreux traités.

Les principaux sont les suivants :

1" Ni le pape ni aucun autre ne doit prétendre nue les canons du droit positif ou les autres traditions canoniques soient observées partout et par toute V Eglise.

Cette proposition est tenue pour erronée, comme

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