CHAPITRE IX
motif de son voyage en France et en Angleterre.
Il fut reçu dans le premier de ces royaumes avec de grands honneurs, et après y avoir travaillé à l'union des deux peuples et conclu un traité d'alliance avec Charles VI, il passa en Angleterre. Là il se montra peu scrupuleux en ce qui touchait l'engagement qu'il venait de prendre ; il continua sans doute à négocier la paix, mais il la conclut à des conditions onéreuses pour la France, Trouvant de la résistance à ses desseins, il s'unit contre ce royaume avec l'Angleterre par le traité de Cantorbery, et allégua pour motif que les rois de France retenaient injustement des terres appartenant à l'empire (1).
Quelle que fut la conduite de Sigismond dans cette circonstance, et quelque mérité que soit le reproche de duplicité qu'il encourut de la part des Français, on ne peut sans injustice lui refuser l'honneur de s'être noblement dévoué à un grand bien, à la paix de l'Église. Il donna, par la capitulation de Narbonne, un nouveau gage à la cause
(1) Lenfant {Hist. du concile de ConslancCf t. II, p. 10-20) a essayé de laver Sigismond du reproche de manque de foi que lui adressent les historiens français ; il a réussi à démontrer que l'empereur n'avait jamais perdu de vue la paix entre les deux peuples, mais non qu'il ait pris la meilleure voie pour atteindre ce but, en tenant la balance égale entre la France et l'Angleterre.
(le l'union, et ce fut lui qui réunit la nation espagnole au concile. Il ne se laissa point détourner de son but par les malheurs de son royaume héréditaire, par les ravages des Turcs en Hongrie ; en abandonnant ainsi quelque temps à eux-mêmes ses propres sujets pour cimenter ou rétablir l'union entre les princes chrétiens, il fit preuve de cette qualité si rare, qui est le propre des grands caractères, et qui consiste à sacrifier un intérêt présent et tout personnel à des avantages plus éloignés et d'un intérêt général.