CHAPITRE XI
« tendaient pas à la ruine de la foi , mais à ses « progrès. C'est ainsi que saint Augustin et saint « Jérôme furent divisés et même opposés l'un à « l'autre, et entre eux cependant tout soupçon d'hé- « résie fut écarté. »
Chacun pensait qu'il se laverait de l'accusation, soit par une rétractation, soit en implorant son pardon; il n'en fut rien : il ne se reconnut coupable d'aucune erreur et soutint que ce n'était point à lui de rétracter les accusations de ses ennemis. Il se répandit en éloges sur Jean Hus. «Je l'ai connu « depuis son enfance, dit-il, et il n'y eut jamais « aucun mal en lui. C'était un homme excellent, «un juste, un saint; il fut condamné malgré « son innocence , il monta au ciel comme Élie du « milieu des flammes, et de là il appellera ses juges « au redoutable tribunal du Christ. Moi aussi je « suis prêt à mourir; je ne reculerai pas devant le a supplice que me préparent mes ennemis et des « témoins imposteurs qui rendront un jour compte « de leurs impostures devant le grand Dieu que « rien ne peut tromper. »
Le trouble était grand parmi les assistants , et beaucoup auraient désiré sauver un homme d'un tel mérite; mais lui ne faisait voir aucun souci de la vie et semblait aspirer à mourir. « De tous
i6B LIVRE III.
«les péchés, ajoula-t-il, que j'ai commis défi puis ma jeunesse, aucun ne me pèse davantage « et ne me cause de plus poignants remords que « celui que j'ai commis en ce lieu fatal, lorsque «j'ai approuvé la sentence inique rendue contre « Wycliffe et contre le saint martyr Jean Hus, mon « maître et mon ami. Oui, je le confesse de cœur et « de bouche, je le dis avec horreur, j'ai honteu- « sèment failli par la crainte de la mort, en con- « damnant leur doctrine (1). Je supplie donc, je a conjureleDieu tout-puissant qu'il daigne me par- « donner mes péchés et celui-ci , le plus grave de « tous, selon cette promesse qu'il nous a faite : Je « ne veux pas la mort du pécheur, mais je veux « qu'il se convertisse et qu'il vive! Vous avez con- « damné Wycliffe et Jean Hus , non comme ayant « ébranlé la doctrine de l'Église, mais seulement « parce qu'ils ont flétri les scandales donnés par le « clergé, le faste, l'orgueil et tous les vices des « prélats et des prêtres. Les choses qu'ils ont dites
(1) Jérôme, en approuvant les doctrines de Wycliffe et de Jean Hns, excepta néanmoins celle de Wycliffe touchant l'Eucharistie. Quelques auteurs ont cru à tort que cette exception portait également sur la doctrine de Jean Hus. Nous avons vu que Jean Hus était catholique orthodoxe sur ce point. Theod. Vrie, auteur contemporain très-catholique, dit formellement que Jérôme signala la seule doctrine de Wycliffe comme erronée sur ce dogme.
(Theod. Vrie. Ap. Von der Hardt, 1. 1, p. 184.)