‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 176 sur 274 · CHAPITRE xri · texte numérisé non relu

CHAPITRE xri

prit pour texte de son sermon ce verset : « Il appa- « rut une dernière fois aux onze et leur reprocha « leur incrédulité et la dureté de leur cœur (1). »

Lorsqu'on se rappelle l'effroyable rigueur de la captivité de Jérôme, il est difficile de ne point voir dans le discours de l'évêque une longue et cruelle ironie. Cependant ce discours, dans la pensée de son auteur, était sérieux, et pour le comprendre il faut se dire que, dans toutes les religions, les prêtres persécuteurs ont prétendu toujours user de mansuétude envers ceux qu'ils accablaient des plus grands maux et leur faire grâce des tourments qu'ils ne leur infligeaient pas.

« Révérends Pères, dit l'évêque, et vous sei- « gneurs fidèles, catholiques et orthodoxes, comme « il arrive souvent qu'une légère correction est im- « puissante et qu'un châtiment sévère produit plus « d'effet , il est nécessaire que ceux sur lesquels la « douceur ne peut rien soient traités rigoureuse- « ment. Isidore a dit qu'avec les blessures qui sont « incurables par un doux traitement il faut employer « des moyens violents et douloureux... Lorsque le « fer ne prend point avec facilité la forme voulue,

Lyon {Bell. Hussit., p. fiO) ; mais les autours contemporains le contredisent, (1) Marc XV, 14.

178 LIVRE ni.

« on le soumet à l'action d'un feu plus vif et d'un « marteau plus pesant. C'est pourquoi, Jérôme, « ayant vu ton obstination prolongée, et ayant « entendu ta dernière et perverse réponse, je peux « dire de toi ce que dit Esaïe : Je sais que tu es « dur ; que ta tête est de fer et ton front d'airain. « Mais attends ce qui doit suivre ; le cœur dur sera « abreuvé de douleurs à la fin, et celui qui aime le « péril y périra (Eccl. III).

« Considère néanmoins que bien qu'à l'extérieur « ma voix s'élève redoutable et terrible contre toi, « cependant il y a pour toi au fond de mon âme « une tendresse remplie de douceur et de charité. « Ne crois donc pas que je veuille accroître l'af- « fliction dans le cœur de l'affligé , ni attiser le « feu avec l'épée; mais, afin que tu connaisses « mieux avec quelle charité tu as été corrigé, avec « quel amour, avec quelle longue et pieuse mansué- « tude tu as été repris et exhorté, j'ai choisi pour « texte ces paroles : // leur reprocha leur incrédu- « lité et la dureté de leur cœur. »

L'évoque s'étendit ensuite longuement sur tous les maux qui résultent d'une orgueilleuse présomption qui égare les plus sages, et dans laquelle il faut voir la source des erreurs de Jérôme et la cause de sa ruine.

CBAPITRE XII. 179

« Jérôme, dit-il, j'ai résolu de te frapper sur les « deux joues, toutefois avec cette charité qui gué- « rit en blessant. C'est pourquoi ne tourne point « vers moi un visage endurci, mais souviens-toi « plutôt de ce précepte de TÉvangile : Si quelqu'un « te frappe sur une joue présente-lui l'autre. Je te « frapperai donc, Jérôme, et plût à Dieu que je « pusse ainsi te guérir !

« Je commencerai par jeter ta propre fange sur « ta face afin que tu reconnaisses avec repentir « combien tu es coupable (1). » L'évêque se répandit alors en invectives violentes contre Jean Hus et contre Jérôme. « Quelle témérité, dit-il, « quelle insolente présomption dans ces hommes « d'obscure extraction, de basse naissance, dans « ces vils plébéiens, d'oser agiter le noble royaume « de Bohême, soulever les barons et les princes, « et saper les antiques fondements de l'État , o diviser les peuples , provoquer des dissensions « entre les citoyens , diriger des bandes armées , « s'entourer de satellites, commettre ou du moins « occasionner des homicides et profaner les autels !

(1) Primo quidein projicio stcrcus non alieiuiin super fiiciem liiain, scd tiiiim proprium , ul tua possis ad tiii cniendalionom criiniiia intiieri.

(Ex antiq. cod. msc. Cœsareo Vindob. ft Brunswic. Ap.VondcrHarJr,t.lll,p.55.)

ISO LIVRE IIF.

« Heureux royaume de Bohême si ces hommes 0 n'étaient pas nés... De combien de maux a été « cause l'orgueil de ces deux paysans ! » L'évêque ne fit aucune difficulté de leur attribuer tous les désordres et les excès dont la Bohême avait été le théâtre depuis l'époque de leur captivité et d'en rendre Jérôme responsable. Puis il ajouta : « Jérôme, je t'ai frappé sur une joue ; tends-moi « l'autre maintenant, et apprends à connaître la « douceur de tes juges. On sait avec quelle rigueur « doivent être traités les hommes soupçonnés « d'hérésie. On les retient dans une dure prison, « on reçoit contre eux toute sorte de témoins, « des voleurs, des femmes perdues, des infâmes. « Si cela ne suffît pas pour les convaincre on les « applique à la torture, on les interroge au milieu « des tourments , ils sont tenus à un secret rigou- « reux et toute audience publique leur est refusée. « S'ils se repentent, il faut leur pardonner avec « miséricorde; s'ils s'obstinent dans l'erreur, on les « condamne et on les livre au bras séculier. Mais « avec toi, plus coupable qu'Arius, que Sabellius et « Nestorius, avec toi qui as infecté toute l'Europe « du poison de l'hérésie, on a usé d'une grande « indulgence. On ne t'a retenu en prison que par 0 nécessité, on n'a écouté contre toi que des té-

Page 1