‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 177 sur 274 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

« moins honnêtes, on ne t'a point appliqué à la « question, et en cela on t'a fait tort. Plût à Dieu « qu'on t'eût torturé ; tu aurais renié tes erreurs a dans les tourments, et la souffrance aurait ouvert « tes yeux que ton crime tenait fermés. On a laissé « venir près de toi quiconque l'a voulu pour te « consoler et pour t'exhorter : on t'a donné plusieurs « audiences publiques, et elles ont tourné à ta ruine « en redoublant ton audace. Tu as fermé la bouche « à ceux qui voulaient te sauver, et qui pour te « défendre te disaient insensé : il faudrait délirer « soi-même pour déclarer hors de sens un homme « parlant si bien; mais il fallait que tes défen- « seurs fussent ainsi réduits au silence et con- « vaincus par tes propres paroles... Nous avons a tous ici compati à ton sort ; mais tu as com- « battu contre toi-même, tu as été ton plus grand « ennemi. Tu n'as pas rougi de louer Jean Hus « après l'avoir condamné, anathématisé! De quel «front as-tu osé exalter un séditieux, un héréti- « que, un fauteur d'homicides? Tu as dit souvent « que Jean Hus n'était ni un homme intempérant « ni un fornicateur ; mais que sert de ne point « s'enivrer de vin lorsqu'on s'enivre de colère , de « haine et d'orgueil ? que sert de ne commettre ni « fornication, ni adultère ? Ce qui importe le plus,

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« c'est de ne point tomber dans l'hérésie ; le plus « grand adultère est de pécher contre la foi catlio- « que ! Que n'as-tu gardé le silence ! Quel plus grand « témoignage contre toi que celui que tu as porté « toi-même en te déclarant par ta révocation men- « teur, parjure, hérétique et relaps! C'est pourquoi « le sacré concile, à qui appartient le jugement sur « toute la terre, te jugera selon tes actes (1). »

Après ce discours de l'évéque, Jérôme, pour être mieux entendu de tous, monta sur un banc d'où il harangua l'assemblée. Il repoussa vivement toutes les accusations du prélat relatives aux troubles de la Bohême, il répéta qu'il mourait catholique, comme il avait vécu ; mais il détesta, il maudit de nouveau l'assentiment donné par lui à la sentence de Jean Hus. «Je ne l'ai donné, dit-il, que « par la crainte du feu dont l'ardeur est si terrible ; « je révoque cet aveu coupable, et, je le déclare de « nouveau, j'ai menti comme un malheureux en « abjurant les doctrines de Wycliffe et de Jean « Hus, et en approuvant la mort d'un homme saint « et juste. Pour vous, vous n'avez pu citer un « point, un seul point, sur lequel ma doctrine fût « erronée ou hérétique; vous voulez que je meure 0 parce que j'honore des hommes droits qui ont

(1) Ezech. VU.

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