‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 185 sur 274 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

« l'Église en la pourvoyant d'un chef par une élec- « lion canonique ? Craignons ce que dit TÉcriture, « craignons qu'un royaume divisé ne puisse sub- « sisler. » D'Ailly oubliait le concile de Pise en voulant la réforme; il aurait dû plutôt craindre qu'un chef une fois élu ne se laissât pas réformer?

Son discours eut une portée immense et contribua fortement à maintenir la nation française unie à ceux qui voulaient procéder sans retard à l'élection d'un pape. Enhardis par ce succès, les cardinaux et les Italiens redoublèrent d'activité, faisant grand bruit de l'union de l'Église, surtout depuis la déposition de Benoît XIII, et représentant comme ennemi de cette union quiconque apportait quelque obstacle à l'élection d'un nouveau pontife. L'empereur lui-même ne fut pas épargné : on lui fit un crime de son opinion; on demandait s'il n'était pas contre le droit divin, lorsque le siège apostolique était vacant, de différer à le remplir, si cette erreur ne sentait pas l'hérésie de Jean Hus, si ce n'était pas tacitement reconnaître que l'Église pouvait être gouvernée sans pape.

Sigismond dédaigna ces sourdes attaques, et, au sein même des nations opposantes, il trouva quelques appuis. «Gardez -vous, lui dit l'archevêque

« de Gènes, comme de vos plus dangereux enne- « mis, de ceux qui, par leurs promesses et leurs « manœuvres, cherchent à vous détourner de vo- « tre saint projet de réformer l'Église. »

Cependant, ces manœuvres persévérantes réussirent auprès du plus grand nombre ; chaque jour l'empereur voyait diminuer ceux qui partageaient ses vues ; il perdit l'un des prélats les plus dévoués à la réforme dans la personne de Robert Hallam , évêque de Salisbury, qui mourut, le 4 septembre 1417, à Gotleben. La nation anglaise, que cet évêque contenait par l'autorité de ses paroles et de son caractère, passa , peu de temps après sa mort, au parti des cardinaux. Exaltés par cette victoire , ceux qui voulaient une élection immédiate ne gardèrent plus de mesure. Dans une assemblée des nations, tenue le 9 septembre 1417, on lut une vive protestation des cardinaux, fort peu respectueuse pour Sigismond. Qu'importe, disaient-ils, qu'il soit d'un avis différent du nôtre? Il ne lui appartient pas de prononcer; ces questions ne sont point de la compétence de l'empereur.

Sigismond irrité se leva, et, avant que la lecture fût achevée, il sortit, suivi du patriarche d'Alexandrie et de quelques autres, et il entendit retentir à

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ses oreilles ce cri sinistre : « Que les hérétiques se « retirent ! »

Sigisraond vit alors en frémissant le projet auquel il avait consacré tant d'efforts sur le point d'avorter; dans sa juste colère contre les cardinaux, il médita de les faire arrêter et d'exiler plusieurs prélats; ceux qui étaient ainsi menacés tinrent ferme. L'empereur, disaient-ils, était irrité contre eux parce qu'il voulait un pape à sa dévotion , ce qu'il n'obtiendrait pas tant qu'ils seraient là pour l'empêcher. Ils déclarèrent donc qu'ils ne reculeraient devant aucune crainte, et que rien ne les détournerait de poursuivre l'union de l'Église jusqu'à la mort (1).

Il ne paraît pas que l'empereur ait sévi contre aucun, mais il fit répondre à leur protestation par un mémoire dans lequel tous les abus , tous les excès, qui rendaient une réformation nécessaire , furent représentés avec une extrême virulence. Il fallait donc y travailler sans retard; autrement, disait-on, le nouveau pape, quelque saint qu'il fût avant son élection , ne manquerait pas ensuite de se souiller au milieu d'une telle fange.

Ce mémoire fut présenté au nom de la nation allemande, seule demeurée fidèle à la cause défen-

(I)SchlesUal. p. G4.

due par l'empereur; mais,instruits par l'expérience, encouragés par le succès , sachant d'ailleurs qu'en agissant sur une multitude il s'agit de gagner les chefs pour attirer le troupeau , les cardinaux pratiquèrent en secret les deux hommes dont l'influence était la plus grande sur cette nation, l'archevêque de Riga et l'évêque de Coire.Tous deux se laissèrent séduire (1); leur défection entraîna celle des Allemands, et l'empereur demeura seul. Toute résistance devenait dès lors impossible : il céda donc, mais à la condition formelle que le pape s'occuperait de la réformation de l'Église avant son couronnement, qu'il y travaillerait de concert avec le concile , et ne quitterait point Constance qu'elle ne fût achevée.

L'élection du pape était résolue avant la réformation de l'Église; cependant le collège réformatoire poursuivait ses travaux. On verra, ci-après, les principaux points qu'il signala comme appelant des réformes, et le concile lui-même, avant de procéder au choix du nouveau pontife, rendit dans

(1) Les cardinaux gagnèrent le premier en lui promettant l'évêché de Lie'ge s'il voulait consentir à l'élection du pape avant la réformation de l'Église. Quant à l'évêque de Coire, il ne put résister à l'espérance d'être mis en possession de l'archevêché de Riga dès que le pape serait élu.

(Lenfant, Concile de Constance,]. V, sect. lxxv.)

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