‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 190 sur 274 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

pontificaux à la tête de tout son clergé, s'avança vers eux et leS bénit. Ils se levèrent alors et se dirigèrent vers le lieu du conclave.

La bourse ou maison publique des marchands avait été disposée pour cet objet; on y avait pratiqué cinquante-trois chambres où la lumière n'arrivait pas de l'extérieur; toutes les fenêtres, hors une seule, étaient murées ; les électeurs y pénétrèrent à la lueur des flambeaux. L'empereur se tenait à rentrée, donnant la main à chacun pour l'introduire et le conjurant d'élire le plus digne. Il les fit jurer tous qu'ils choisiraient un pape pieux, de bonnes mœurs, capable de réformer l'Église et qui la réformât. II sortit ensuite et le conclave fut fermé à clef.

Aucune précaution ne fut oubliée pour laisser les électeurs à eux-mêmes (1). Le comte de Papenheim, maréchal de l'empire, accompagné du consul de Constance, parcourut la ville à la tête de quatre hérauts d'armes publiant un édit de l'empereur qui défendait à tous l'approche du conclave. Deux princes avec le grand-maître de Rhodes gardaient les portes nuit et jour, tenant les clefs suspendues à leur cou ; des soldats veillaient sur les degrés dans le plus profond silence. On avait dressé devant (I) Chacun d'eux n'avait avec lui qu'un seul doinesliquft.

la maison une table autoui- de laquelle étaient assis les évêques et les docteurs clfargés de l'examen des mets portés au conclave afin qu'une lettre ou un avis quelconque n'y pût arriver par cette voie. Le grand-maître de Rhodes portait lui-même les plats et les coupes à la seule fenêtre par laquelle ceux du conclave pouvaient communiquer avec l'extérieur, et ils les recevaient ensuite de leurs serviteurs. Le but de tant de précautions était d'écarter des électeurs toute influence étrangère à celle du Saint-Esprit. Mais avaient-ils dépouillé leurs passions sur le seuil du conclave ? avaient-ils laissé dehors les préjugés, l'orgueil, l'ambition et les mille faiblesses presque inséparables de la nature humaine ? S'ils le pensaient, ils étaient dans l'erreur, et on le reconnut tout d'abord , malgré la noble exhortation que leur fit le cardinal de Viviers, les conjurant tous de n'avoir égard qu'au bien public. A peine réunis, les disputes commencèrent; elles durèrent dix jours, pendant lesquelschacun semontra beaucoup pluspréoccupédes intérêts de sa nation que de ceux de la chrétienté. Enfin l'exemple de l'abnégation et du sacrifice fut donné par ceux de la nation allemande, qui renoncèrent à leur candidat pour se réunir aux Italiens ; il entraînèrent les Anglais, les Espagnols,

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