CHAPITRE I. 8i
que les prêtres avaient, disait-on, tellement défigurée ou voilée, qu'il semblait que cette sainte parole se produisît alors en Bohême pour la première fois.
Moins hardi que Wycliffe, Jean Hus admettait en principe la plupart des dogmes fondamentaux de l'Église romaine, rejetés par le premier. Dans quelques-uns, tels que l'efficacité des prières pour les morts , l'adoration des saints , la confession des péchés , l'absolution et l'excommunication des prêtres, il blâmait beaucoup moins le principe que l'abus. Il semblait parfaitement d'accord avec Wycliffe sur trois points seulement , mais chacun d'une importance extrême , et qui sont : l'appel à l'Écriture comme seule autorité infaillible ; la nécessité de ramener le clergé à la discipline et aux bonnes mœurs , soit en le privant de toute intervention dans les affaires temporelles , soit en le dépouillant des biens dont il ferait un mauvais usage ; et, enfin, la dispensation des pouvoirs spirituels aux prêtres par le Saint-Esprit , en raison de leur pureté intérieure, et seulement autant qu'ils seraient aptes à les recevoir et dignes d'en user.
Le premier de ces trois principes renfermait en germe toute une révolution ; le second soulevait le clergé en masse contre Jean Hus, et rendait ses ressentiments implacables et mortels; le troisième
ne fut jamais clairement exposé on défini par Wvcliffe ou par Jean Hus, et Ton ne voit pas qu'aucun d'eux , surtout le dernier , en ait jamais bien compris l'immense portée. Un tel principe n'est réellement admissible que dans les communions oîi tous les actes nécessaires à la régénération et au salut du chrétien doivent s'accomplir en lui-même, indépendamment des pouvoirs du prêtre ; où la vertu du sacrement donné n'est considérée comme opérant que selon la disposition intérieure de celui qui le reçoit ; oià le fidèle, enfin, ne sent pas qu'il a besoin entre Dieu et lui d'un autre intermédiaire que Jésus-Christ.Autrement, si le ministèredu clergé est regardé comme doué d'une force, d'une vertu particulière, indispensable soit pour affranchir le jeune enfant du péché originel, soit pour absoudre les fidèles, pourlégitimer les mariages ou pour perpétuer dans l'Église la succession apostolique , comment admettre que les vices de l'homme annulent dans le prêtre la vertu spirituelle des paroles et des actes? Voilà le redoutable problème que Jean Hus ne put résoudre, et peut-être aussi la source cachée d'où jaillissaient tant de douleurs qui se lisaient sur son front pâle , et tant d'élans vers le sacrifice , vers le repos.
On comprend maintenant tous les combats qu*il