‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 202 sur 274 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

s'étaient déjà élevées contre cet odieux usage ; Pierre d'Ailly surtout demandait qu'il fût aboli. Le collège réformatoire prit un moyen terme; il reconnut l'abus, et ne l'extirpa qu'à demi. Son décret sur ce point est un triste monument des préjugés dû temps ; il est ainsi conçu : « Lorsqu'un juif « se convertira, il ne rendra que la moitié de ses « biens, tant meubles qu'immeubles, en restitution « des usures faites sur les chrétiens, et on lui lais- « sera par aumône l'autre moitié, pour son entre- « tien et pour celui de sa famille. »

Les actes du collège réformatoire étaient sérieux ; cependant ils ne donnaient aucune satisfaction au vœu des peuples, sur quelques points d'une importance capitale : ils se taisaient sur l'abus des excommunications, des interdits, des indulgences; ils réglaient l'emploi des biens ecclésiastiques, mais ils n'en diminuaient point les sources; ils ne reconnaissaient pas que la corruption extrême du clergé naissait de l'excès même de ses richesses ; le collège réduisait le nombre des privilèges et des offices de la cour de Rome, mais il ne supprimait pas l'impôt qui alimentait son faste et qui excitait les plus vives réclamations des rois, des parlements et deséglises; il gardait le silence

sur les annates et les conservait tacitement; il soumettait les moines à des règlements sévères, mais il ne faisait rien pour en restreindre le nombre, pour réprimer l'abus résultant des fondations multipliées et perpétuelles de nouveaux ordres et de nouvelles maisons religieuses (I). Enfin il assignait des bornes à la puissance du pape, mais au profit de celle des prélats ; il conservait à ceux-ci une juridiction d'une immense étendue, aux dépens de la juridiction séculière; et, à une époque où l'immoralité du corps épiscopal était reconnue comme si profonde et si générale, comment imaginer qu'en des mains corrompues un pouvoir sans limite serait sans danger?

Le collège avait cru prévenir le mal en multipliant les précautions pour assurer la liberté dans

(1) Piorrc d'Ailly s'exprime ainsi à ce sujet : «Firfciur qiiodtanta religiosorum numorosilas et varielas non expédiât, quaeinducit ad varietatcm moruin, et qunndoqiie ad contrarietatern , et repugiiaiitiam obscrvalioniim, et sœpe ad singularitatem et ad superbiam et vanani exceilentiain unius status super alium. Et maxime videtur necessarium ut diminuerentur ordines mendicantium, quia totsuntet in niuneio couventuum,et in numéro supposiloruni, ut eorum slalus sit onerosus hominil)US, damnosus leprosis lîospitalibus ac aliis verè panperibus.quibusconvetiit jusetvorus titulus meiidicaudi, ipsisquoquecuratis parocIiialibus,et,si benc consideretur, eliani praejudicialis omnibus Ecciesiœ statibus. (Petr. Alliac. Op. Gers., t. H, p. 011.)

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