CHAPITRE IV
culte. L'opinion générale, dit un auteur contemporain (1), était que la réunion aurait eu lieu si la réforme n'eût point avorté. Cette opinion est au moins problématique. Il est difficile, d'autre part, d'accorder ces honneurs rendus à des schismatiques, cette tolérance pour leur culte, avec les traitementsbarbares infligés àd'autres hommes réputés schismatiques ou hérétiques, à Hus et à Jérôme. La raison de ce double fait est celle de tant d'événements humains ; c'est le privilège de la force. Les Bohémiens étaient faibles, ils furent frappés; les Grecs étaient puissants, on les combla d'honneurs.
Au milieu des hommages qu'il recevait de toutes parts, Martin V avait un motif sérieux d'inquiétude. Benoît XIII se disait toujours pape et continuait à braver la chrétienté du haut de son rocher de Péniscole. Le concile députa vers lui encore une fois, et le pape lui envoya un légat pour le sommer de se démettre; mais Benoît, retranché dans sa forteresse, tergiversa de nouveau ; il agit avec Martin V comme jadis avec Grégoire XII; il voulait, disait-il, conférer touchant l'union de l'Église avec l'élu du concile, et, puisque celui-ci était un homme raisonnable, il se flattait de lui faire entendre raison.
(1) Dacherius. Ap. Von der Hardt, t. IV, p. 1511.
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Benoît se sentait appuyé lorsqu'il tint ce langage. Le roi d'Aragon aurait seul pu le réduire, mais Ferdinand IV était mort et son fds Alphonse V ne put résister à la tentation de garder sous sa main le pontife déchu, mais non soumis, comme un utile instrument. Aussitôt après l'élection du pape, Alphonse fit valoir ses services et ceux de Ferdinand, son père. Tous deux, dirent ses ambassadeurs, avaient beaucoup dépensé pour la paix de l'Église ; Alphonse demandait, sous ce prétexte, la disposition perpétuelle des bénéfices de la Sicile et de la Sardaigne , avec dispense de toute redevance au siège apostolique, une grande partie des biens ecclésiastiques qui appartenaient au siège de Rome dans l' Aragon, et quelques places du domaine des chevaliers de Rhodes, entre autres Péniscole.
Ces demandes passaient toute mesure ; le pape en accorda quelques-unes et rejeta les autres. Alphonse irrité se vengea en couvrant Benoit XIII de sa protection, d'abord secrète, puis avouée. L'Espagne s'agita, mécontente du concile et du pape, partagée entre la lassitude du schisme et l'attrait de l'indépendance ; et Pierre de Lune vécut pour être à Martin Y une menace et un frein.
Le concile touchait à son terme, et le pape, qui