CHAPITRE IV
avait si peu fait pour répondre à l'attente de la chrétienté, supprima d'importunes réclamations en s'attachant par des grâces les plus puissants de ceux qui auraient pu les faire. Il accorda, par condescendance pour Sigismond, à Jean de Bavière, évêque de Liège et sous-diacre , une dispense afin d'épouser la duchesse de Luxembourg, nièce de l'empereur. Vers le même temps néanmoins, il en vendit une autre moyennant vingt mille écus (1), et malgré Sigismond, à Jean, duc de Brabant, pour épouser sa cousine germaine. La colère rappela en cette occasion à l'empereur ce qu'il avait oublié lorsqu'il s'intéressait au mariage de l'évêque de Liège. « Saint-Père, demanda-t-il au pape, pour- « quoi sommes-nous à Constance? — Pour réfor- « mer l'Église, dit froidement le pontife. — On ne «le croirait pas, reprit l'empereur; vous pouvez « pardonner les péchés, mais non les permettre. »
Le mécontentement de Sigismond dura peu ; Martin V avait trouvé le plus sûr moyen de l'apaiser : il lui accorda une année de décimes .sur les églises d'Allemagne, quoiqu'il eût formellement promis de n'en plus imposer sans leur aveu.
Le pape enfin renouvela en faveur de Sigismond
(1) Lent'atit, Hist. du Conc. de Consl. Viiulck, Uisl. msc de la vie de Sigismond, ch. xiv.
la vaine cérémonie de la rose d'or, qu'il consacra en grande pompe, et que Sigismond reçut publiquement de ses mains comme il l'avait auparavant acceptée de celles de Jean XXIII, avec respect et grande dévotion.
Au milieu de tels soins l'assemblée acheva ses travaux. Le pape, dans la quarante-quatrième session, désigna la ville de Pavie comme le lieu de réunion du prochain concile, et le 18 avril 1418 il ouvrit, en présence de l'empereur, la session quarante-cinquième et dernière, qui fut marquée par un grave incident. La messe était dite ; le pape avait prononcé une exhortation, et, par son ordre, le cardinal Raymond Brancaccio congédiait l'assemblée, lorsque Gaspard de Pérouse, avocat du sacré consistoire, se leva et prit la parole au nom des ambassadeursduroidePologneetdugrandducdeLithuanie.
Il exposa humblement au concile les propositions funestes, injurieuses, et les hérésies cruelles renfermées dans le libelle de Jean de Falkenberg, condamné d'abord par les commissaires nommés pour les matières de la foi, puis par les cinq nations et par les cardinaux ; il suppliait le pape de le faire également condamner par tout le concile avant que celui-ci fût dissous. Le concile, dit l'orateur, avait été réuni