CHAPITRE V
rèrent au contraire sur leurs auteurs toutes les rigueurs du concile; mais elles grandirent par l'effet même de la violence employée pour les anéantir, elles mirent en feu la Bohême et l'Allemagne.
Quant aux réformes, la plupart avortèrent. Les vices reconnus par tous dans la discipline et les mœurs furent faiblement réprimés, et les pouvoirs dont l'abus avait causé tant de scandales et excité tant de plaintes reçurent presque tous des actes du concile une consécration nouvelle : aucune restriction ne fut apportée à l'emploi des indulgences, des excommunications, des interdits ; le clergé conservait le droit de guerroyer pour son compte, d'employer les censures de l'Église à l'appui de sa puissance terrestre, et d'appeler le bras séculier en aide à ses décisions spirituelles ; il n'acceptait aucun frein pour son autorité, aucune limite pour ses richesses.
Le concile, auquel tant d'espérances se rattachaient, ne répondit donc point à l'attente générale ; cependant il est fameux dans l'histoire, car il a fait les décrets de la cinquième session, et il a allumé les bûchers de Jean Hus et de Jérôme de Prague : ces deux choses sont impérissables.
Les décrets de la cinquième session, dont les docteurs gallicans furent les principaux auteurs,
ont établi et consacré d'une manière solennelle celte maxime déjà reconnue au concile de Pise, que tout pape est soumis au jugement de tout concile universel en ce qui regarde lafoi^ l'extinction du schisme et la réformation générale : maxime de temps immémorial enseignée en France (1), dit Fleury, mais qui n'avait point jusqu'alors été formulée par l'autorité de l'Église réunie. Les actes de Pise, et surtout les décrets de Constance, confirmés à Bâle, élevèrent cette maxime à la hauteur du dogme ; ils donnèrent ainsi l'autorité la plus imposante au principe qui consacre la plus importante des libertés de l'Église gallicane. Ce grand principe fut admis comme règle fondamentale en France dans les rapports avec Rome , et peu d'années séparent le concile de Constance de l'assemblée de Bourges, où fut décrétée la pragmatique célèbre qui adopta les décisions de Constance et de Bâle pour la réformation de l'Église dans son chef et dans ses membres, admit la supériorité du concile général sur le pontife romain, et maintint la liberté de l'élection des évoques et l'abolition des appels au pape.
Les décrets de ces fameux conciles devinrent plus importants encore lorsqu'ils furent contestés,
(1) Discours X sur l'histoire ecclésiastique, tit. xv.