CHAPITRE m
La Bohême et les Hussites jusqu'à la mort de Ziska.
On a VU que les doctrines Jean Hus ne furent pas sans influence pour préparer les esprits en Europe à la grande réforme du siècle suivant; il reste à montrer les fruits qu'elles portèrent dans sa patrie, il reste à dire ce que devinrent les disciples après la mort de leur maître, ce que firent les Hussites après Jean Hus.
Peu de temps avant les troubles qui agitèrent la Bohême, le plus illustre des souverains de ce royaume, l'empereur Charles IV, visitant un jour
la citadelle de Prague, s'approcha d'une fenêtre, regarda la ville, et ses yeux se remplirent de larmes. Interrogé par ses courtisans, il répondit : « Je « pleure, parce que mes fils seront les ennemis de « mon royaume; je prévois que l'un d'eux ruinera « cette ville, et si je savais lequel, je le tuerais de « mes mains (1). »
L'événement confirma cette parole qu'il dicta peut-être. Wenceslas et Sigismond étaient nés pour le malheur de la Bohême, et le meilleur des deux lui fut le plus fatal.
Des épreuves sévères avaient modifié en Sigismond un tempérament irascible et cruel; il avait acquis de l'empire sur lui-même , mais parfois le naturel l'emportait et il s'inspirait de la colère plus que de la prudence. Il en donna une nouvelle preuve peu de temps après le supplice de Jean Hus, au premier bruit qui lui parvint de l'agitation des Bohémiens. Il leur écrivit plusieurs lettres courroucées, et dans ses menaces la Bohême vit un outrage. Sigismond oubliait, dit Balbinus, qu'il n'était pas encore roi de ce pays ; il oubliait que, pour soumettre un cheval indompté, il faut d'abord le flatter
(1) Theobald., Bell. Huss.^ d'après la chronique d'Hagec.