‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 230 sur 274 · CHAPITRE III. 3 là · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. 3 là

de la main, et attendre qu'on soit affermi en selle avant d'employer le mors et l'éperon (1).

Il le reconnut trop tard, et il écrivit en l'année 1417 pour apaiser les Bohémiens et pour se faire pardonner sa conduite envers Jean Hus, en alléguant comme excuse la violence qui lui fut faite à lui-même (2) ; mais ses dernières lettres n'effacèrent point l'impression que les premières avaient produite.

La mort de Jérôme mit le comble à l'irritation des Bohémiens. Jusqu'alors cependant l'agitation semblait se manifester beaiicoup plus par des actes de deuil et de superstition populaire que par des violences. L'Université, par un décret signé de son recteur, Jean Cardinal, établit la communion sous les deux espèces ; les églises retentirent de lamentations; on consacra un jour de fête solennelle à Jean Hus et à Jérôme ; on frappa des médailles à leur effigie, on les pleura, on les honora avant de les venger; on leur dressa des autels, on ne leur immola point de victimes.

Les rigueurs téméraires du concile grossirent l'orage, et les vingt-quatre articles fulminés contre les Hussites hâtèrent l'explosion. Ces articles,

(1) Balbinus, Epil. rer. Bohem., p. 424.

(2) Voy. tome !•', page 206.

dit un ancien auteur, fetèrenl lliuile sur le Jeu (1). Ils frappaient à la fois les citoyens de toutes les classes, de tous les ordres du royaume : les universitaires, en cassant les décrets de l'Université; le clergé hussite, en citant à Rome ses principaux membres, Jean Jessenitz, Jacobel, Rockizane, Jean Cardinal et plusieurs autres ; les grands du royaume, en ordonnant la restitution de tous les biens ecclésiastiques ; le peuple en masse, en prescrivant l'abjuration individuelle de la doctrine de Wycliffe et de Hus. Alors de toute la Bohême partit un cri d'horreur ; une clameur sourde, générale, immense, répondit aux décrets du concile ; on vit briller la torche et le glaive ; Wenceslas trembla, et attendit les événements retiré ou caché dans un de ses châteaux hors de Prague.

Cependant les grands du royaume s'assemblèrent et tinrent conseil j ils résolurent de députer au roi pour l'inviter à conjurer l'orage par sa présence dans la capitale, à donner aux Hussites les églises dont ils avaient besoin, et à sévir contre les brigands qui infestaient la ville et les campagnes ; ils choisirent pour chef de la députation Nicolas de Hussinetz, le seigneur du village où Jean Hus était né, son ami fidèle et son ardent diî-ciple.

(1) Sigfriecl.

CilAÏMTRlî m. 317

Le désir d'étouffer une agitation si menaçante l'emportait alors en Wenceslas sur le ressentiment des procédés du concile et de l'empereur ; il les redoutait l'un et l'autre, et d'ailleurs, comme monarque et comme esclave de ses passions, il redoutait également ces innombrables sectaires parmi lesquels apparaissaient déjà d'audacieux niveleurs qui parlaient de changer la Bohême en république, et d'ardents apôtres qui opposaient à ses vices l'austère morale de l'Evangile. Mais, abîmé dans la mollesse, épuisé de débauches, incapable d'une résolution forte, il voulait réprimer, et il manquait de force pour sévir. Il promit donc de faire droit à quelques demandes des députés, tout en avertissant le harangueur Ilussinetz ç^xi il filait une corde qui seivirail à le pendre.

Il vint à Prague et se montra disposé à donner aux Hussites les églises qu'ils réclamaient ; il hésitait cependant, parce qu'ils les demandaient avec menaces. « Qu'ils viennent au palais, dit-il,

« qu'ils apportent leurs armes et les déposent en

« ma présence. »

Les chefs délibéraient sur cette réponse, inquiets et incertains. « Que vous êtes simples ,

« leur dit l'un d'eux; j'ai vécu à la cour, je con-

« nais notre roi; comparaissez devant lui revêtus

« de vos armes et comptez qu'il vous les lais- 0 sera. » Celui qui parlait ainsi était Jean Ziska. Son conseil fut suivi; les Hussites s'armèrent dans l'ancienne et dans la nouvelle Prague, et, conduits par Ziska, ils se présentèrent dans un appareil formidable devant le roi. « Très-illustre « et très-excellent prince, dit Ziska, nous voici « obéissants à vos ordres; faites-nous connaître « vos ennemis : nous combattrons jusqu'au dernier « soupir pour votre vie et pour votre gloire. — « Tu as bien parlé, répondit le roi, mais retourne « et ramène tes compagnons (1). »

Ziska, par cette conduite aussi habile qu'intrépide, gagna la confiance et le cœur des Bohémiens. L'indolent Wenceslas demeura immobile, partagé entre la crainte et la colère (2) ; les grands se tinrent dans un silence irrité (3), et la multitude attendit quelque temps encore, en proie à une fureur sombre et contenue, qui par moments s'échappait en sinistres éclats.

Tel fut l'état des choses en Bohême jusqu'à

{t)Théoha\d., Bell. Hussit., p. 68.

(2) Plusieurs auteurs prétendent qu'il fit brûler un cordonnier hussite qui avait administré l'Eucharistie. Ce fait ne paraît pas suttisamment prouvé.

(3) Balbinus, EpH. rer. Bohem., p. 420,

Page 1