CHAPITRE m
l'arrivé du cardinal Jcan-Dominiqno, légat de Martin V, chargé de l'exécution des vingt-quatre articles du concile et de la bulle du pape.
Cet inquisiteur eut recours aux bûchers pour réduire un peuple beaucoup plus en situation d'inspirer de l'effroi que d'en éprouver. Accablé de malédictions et d'outrages , poursuivi par des cris de mort , le légat , éperdu , s'enfuit auprès de l'empereur, appelant contre la Bohême insurgée le fer et le feu. Alors la colère du peuple déborda de toutes parts ; le vengeur, l'homme de sang se montra tout entier ; Ziska tira son invincible épée du fourreau, et elle n'y rentra plus.
Jamais homme ne réunit à un plus haut degré les qualités du chef de guerre et celles du chef de parti ; nul sur un champ de bataille n'eut plus de génie pour concevoir, plus de force et de promptitude pour exécuter; nul aussi ne sut mieux l'art de se soumettre les hommes, de frapper leur imagination, d'arriver au but par des résolutions populaires, par des mouvements soudains et décisifs. La Bohème est en armes pour la communion du calice: Ziska montre un calice à son armée; voilà son étendard : il n'a que des gens à pied; d'un coup de main il enlève mille chevaux à l'empereur ; voilà sa cavalerie : il n'a point de places fortes ; il gravit
une haute montagne avec ses soldats : « Voulez- « vous des maisons? leur dit-il; dressez ici vos « tentes , et que ce camp devienne une ville. » Voilà sa forteresse; et ainsi fut fondée l'inexpugnable Thabor (t). Dans ses proclamations, dans ses lettres, Ziska se montre, comme depuis s'est montré Cromwell , guerrier à la parole ardente et biblique, que rien n'arrête et qui pourvoit à tout. Il écrit aux habitants de Tausch : « Dieu veuille, mes très-chers frères, que, faisant « de bonnes œuvres, comme de vrais enfants de « votre Père céleste, vous persistiez dans sa crainte. « S'il vous a châtiés, que l'affliction n'abatte point « votre courage ; songez à ceux qui travaillent « pour la foi et qui souffrent à cause du nom de « Jésus-Christ. Imitez les anciens Bohémiens, vos 0 ancêtres, toujours prêts à défendre la cause de « Dieu et la leur : ayons sans cesse devant les yeux « la loi divine et le bien de la chose publique; « soyons vigilants : que quiconque sait manier un « couteau, jeter une pierre,brandir une massue, soit « prêt à marcher... Que vos prédicateurs exhor- « tent le peuple à la guerre contre l'Anie-Christ ; « que tout le monde, jeunes et vieux, s'y disposent.
(1) « ut qnisque tcntoria iixerat, ita œdificare sibi donios imperavit. » jEneœ Sylvii Hisl. Bohem., cap. XL.