‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 232 sur 274 · CHAPITRE iir · texte numérisé non relu

CHAPITRE iir

« Quand je serai chez vous, qu'il ne manque ni « pain, ni bière, ni fourrage, et faites provision de « bonnes œuvres. Voici le temps de s'armer, non- « seulement contre ceux du dehors, mais aussi « contre les ennemis du dedans. Souvenez-vous « de votre premier combat, où vous étiez peu con- « tre beaucoup, et sans armes contre gens bien « armés. La main de Dieu n'est pas raccourcie; « courage donc et soyez prêts.

a Ziska du Calice. »

Le flot populaire, dirigé par un tel homme, devait tout renverser, et fut d'autant plus destructeur qu'il avait été contenu davantage. La Bohême, d'une extrémité à l'autre, devint bientôt un vaste champ de carnage; partout les incendies éclairent les massacres : malheur aux villes, aux châteaux, aux monastères surtout qui ferment leurs portes! Tout passe au tranchant de l'épée. La vue d'un moine ou d'un prêtre remplit Ziska d'une sombre fureur ; elle lui rappelle sa sœur outragée, son ami dans les flammes. 11 frappe, il brûle, il extermine, assouvissant froidement sa vengeance au choc des combattants, à la lueur des flammes, aux cris des victimes, punissant, dit Balbinus, un sacrilège par mille saciiléges (I)! (1) lL\ni. rer. Uohcm., p, 424.

La Bohême, l'Allemagne, TEurope furent bientôt remplies du nom de cet homme terrible. Wenceslas sortit d'un honteux sommeil au bruit de ses palais croulants, de ses églises en cendres, de son sénat égorgé ; il s'éveilla dans un effroyable accès de colère qui ne fut mortel qu'à lui-même : la fureur l'étouffa, et ce roi, qui avait vécu en brute, mourut en rugissant comme un lion (1).

La Bohême était alors déjà divisée en plusieurs partis, et ces divisions devinrent plus profondes

i(I)Ce rugissement de Wenceslas acte mentionne' par beaucoup d'historiens : la plupart représentent ce prince comme un monstre de cruauté et citent de lui quelques traits d'une incroyable férocité. Toutefois il est possible que l'esprit de parti l'ait fait plus criminel qu'il ne le fut en réalité. Nul ne conteste ni sa honteuse indolence, ni ses goûts dépravés, et son caractère efféminé est bien dépeint dans ces paroles adressées, dès l'origine des troubles, par le prêtre Coranda à ceux qui voulaient détrôner ■VVencesIas. « Nous avons, leur dit-il, un roi, et nous n'en avons » point ; il est roi de nom seulement : c'est comme une peinture sur « une muraille. Que peut faire contre nous un roi qui est mort tout '« vivant? Je pense donc qu'il convient de demander à Dieu qu'il « nous le conserve, car son indolence fait notre salut. » (Dubrav., p. 624. — Jineas-Sylvius, p. 75.) Lorsque la nouvelle du massacre des magistrats de Prague fut portée au roi, le grand-échanson, qui était présent, dit qu'il avait bien prévu tout ce mal. A ce mot, qui lui parut un reproche, Wenceslas se jetasur l'échanson, le saisit aux cheveux, le renversa, et, tirant son poignard, il lai aurait percé le cœur si on n'eût retenu son bras. Il fut aussitôt frappé d'apoplexie ; peu "de jours après, il mourut.

(Voir Lcnimt, Guerre des Hussiles, t. l^r, p. 109.)

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