II
Sigismond se retira en Hongrie, et sa retraite fut suivie d'une révolution dans Prague. Le parti ealixtin reprit de la force, des magistrats plus modérés furent élus , et ils citèrent devant eux le chef des Picards, le redoutable Jean le Prémontré, qu'ils accusèrent de tyrannie et d'actes sanguinaires. Le Prémontré se présente hardiment avec dix des siens : ils sont aussitôt saisis et décapités. A la vue de leur sang qui ruisselle dans les rues, la populace s'agite ; Jacobel l'enflamme en lui montrant la tète de celui qu'il nomme un martyr et les corps de ses compagnons : la multitude les venge par le massacre de ceux qui ont ordonné leur supplice.
Cependant, malgré cette sédition, le parti picard ne recouvra point l'ascendant : l'entrée de Coributà Prague, en 1422, avec ses troupes lithuaniennes et polonaises, raffermit les Calixtins, et, au milieu des opérations militaires contre les places fortes qui tenaient pour Sigismond, la guerre civile continua dans Prague. La plupart des grands se déclaraient de nouveau pour l'empereur, tandis que la forte majorité du parti calixtin persistait à vouloir pour roi Coribut, que rejetaient les Thaborites. Ces derniers, trop faibles pour réussir dans Prague à force ouverte, tentèrent de s'emparer de la ville par une surprise nocturne : ils fu-
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rent vaincus dans un sanglant combat, et un grand nombre périrent dans la Moldaw.
Ziska tenait la campagne et se disposait à passer en Moravie, au commencement de l'année 1423, lorsqu'il apprit la coupable entreprise des Thaborites à Prague et le triomphe des Calixtins. Il envoya aussitôt dans la ville pour repousser tout reproche de participation au mouvement séditieux si fatal aux premiers, et, en même temps, il exhortait Prague à ne point élire Coribut pour roi. « J'ai « défendu la Bohême, dit-il, avec mon armée contre « toutes les forces de l'empire ; un peuple libre n'a « pas besoin de roi. » Les citoyens de Prague députèrent à leur tour vers Ziska. « Il faut une tête « à une nation , » lui dirent-ils , et ils insistèrent pour couronner Coribut. Alors, frémissant de colère et frappant trois fois le sol de son bâton de commandement (1), le terrible aveugle répondit : « J'ai sauvé deux fois Prague des mains de l'empe- « reur, je la perdrai maintenant ; je ferai voir que « je suis également en état d'affranchir et d'oppri- « mer ma patrie (2). »
Les grands de Bohême, qui voulaient l'empereur
(1) Balbinus, Epit. rer. Boft.,p. 453.
(2) Patriamque meam a me et con^ervari et opprimi posse re ipsa ostendam. (Theob., Bell. Huss., p. 112.)
Sigismond pour roi, firent cause commune avec
ceux qui préféraient Coribut ; les catholiques et
les Calixtins s'armèrent contre Ziska, et une grosse
armée sortit de Prague pour le combattre; elle fut
vaincue dans trois batailles. Enflammé de colère
et de vengeance, Ziska conduit à Prague ses
Thaborites victorieux. A la vue de cette ville
qu'ils nomment la mère -patrie, ces hommes,
qui avaient versé tant de sang, s'arrêtent; leurs
cœurs endurcis s'émeuvent, et des murmures se
font entendre. Ziska les harangue de sa voix
forte et guerrière, debout sur un tonneau , d'où
il se fait voir à ceux qu'il ne voyait plus. « Com-
« pagnons, leur dit-il, pourquoi murmurez-vous?
« Je ne suis pas votre ennemi , mais votre gé-
« néral ; c'est par moi que vous avez remporté
« tant de victoires ; par moi vous êtes illustres ,
« vous êtes riches, et moi j'ai perdu la vue pour
« vous; je suis condamné à d'éternelles ténèbres...
« De tant de travaux qu'ai-je obtenu? rien qu'un
« nom. C'est pour vous que j'ai vaincu , et ce
« n'est pas mon intérêt propre qui m'arme con-
« tre cette ville : ce n'est pas du sang d'un vieux
« aveugle qu'elle a soif; elle redoute vos cœurs
« intrépides et vos bras invincibles. Lorsqu'ils
« m'auront pris dans leurs filets, ils vous tendront