‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 242 sur 274 · CHAPITRE III. 34 S · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. 34 S

retranchements en terre à l'artillerie récemment en usage dans les armées. Portant des idées d'organisation et d'ordre au milieu des scènes les plus désordonnées, Ziska rédigea une constitution militaire qui embrasse la discipline, les campements, les marches, et qui réglemente jusqu'au pillage. Toutes les infractions y sont punies de mort (1). Affable d'ailleurs avec ses soldats dans la vie commune, il les nommait ses frères et leur abandonnait généreusement le butin, dont il ne réservait rien pour lui-même. Il fut ambitieux sans doute, mais le trait dominant de son âme fut la vengeance, et, quoique né dans un siècle cruel, sa cruauté fait frémir; il y trouvait une froide et exécrable volupté, et se montrait d'autant plus impitoyable qu'il ne voyait pas ce qui émeut les plus endurcis , il ne voyait couler ni les larmes des suppliants , ni le sang des victimes, et lorsqu'il avait dit: Frappez, sa parole était inexorable comme le destin.

Ziska était d'une stature médiocre, très-large et très-robuste de la poitrine et des épaules. Il avait la tête grosse, ronde et toute rasée, le nez aquilin, la moustache longue. Son teint était très-brun, très-bilieux, et son front présentait la ligne tom-

(1) Prœcepta scvere et serio su!) capitali pœna iiiculcaiilur. (Balbinus, Epit. ter. Boh., p. 465.)

bantequi a été remarquée sur le front de plusieurs guerriers fameux, et qu'on nomme pour cette cause Ugne martiale{\). Jamais cet homme ne fut vaincu. Pendant quatre ans il apparut à l'Allemagne comme la vivante image de la colère de Dieu, et il mérita trop bien cette inscription gravée près de sa tombe (2) : « 0 Hus ! ici repose Jean Ziska, ton

« vengeur, et l'empereur lui-même a ployé devant

«lui (3).»

(1) Balbinus, Epit. rer. Bohem., p. 465.

(2) Sur un autel où Jean Hus et Jean Ziska sont repre'sentës ensemble.

(3) Le corps de Ziska fut enseveli avec honneur à Czaslaw dans l'église cathédrale, et l'on suspendit sa massue de fer auprès de son tombeau, sur lequel on lit peut-être encore cette épitaphe : « Ci gist Jean Ziska, inférieur à aucun général en science militaire, rigoureux vengeur de l'orgueil et de l'avarice du sacerdoce, défenseur zélé de sa patrie. Ce qu'ont fait pour les Romains l'aveugle Appius Claudius par ses conseils, et Curius Camille par ses actions, je l'ai fait pour les Bohémiens ; je n'ai jamais manqué à la fortune, ni elle à moi. Quoique aveugle, j'ai toujours vu ce qu'il fallait faire. J'ai combattu onze fois enseignes déployées et j'ai toujours été vainqueur. On m'a vu défendre la cause des malheureux et des indigents contre des prêtres sensuels et chargés de graisse, et c'est pour cela que Dieu m'a soutenu. Si leur haine n'y mctluit obstacle, je serais compté parmi les plus illustres; et pourtant, malgré le pape, mes os reposent dans ce Heu sacré. (Théob., Bell. £rum(.,p. 116.)

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