CHAPITRE IV
promit de ne pas rappeler dans leurs monastères les religieux exilés, de laisser en paix les possesseurs des biens ecclésiastiques et de confirmer le don de l'archevêché de Prague à Rockizane; mais ensuite il viola la plupart des articles ou en éluda l'observation : il interpréta les Cornpactata comme le pape l'aurait pu faire, et rétablit de tout son pouvoir le culte romain dans le royaume ; il enleva les églises aux Hussites pour les rendre aux catholiques, rouvrit les monastères, rappela les moines, et refusa de tenir parole à Rockizane, à moins qu'il n'abjurât. Des menaces échappèrent à l'archevêque, et, lorsqu'elles furent rapportées à Sigismond, il s'écria : « Je répandrais « avec joie sur l'autel le sang de Rockizane. » L'empereur fut puni de sa coupable déférence au vœu du Saint-Siège (t) et faillit perdre encore urfe fois ce trône héréditaire, si chèrement racheté, sur
(1) Sigismond avait récemment donné à l'Église un nouveau témoignage de sa soumission : il possédait depuis vingt ans, comme roi des Romains, le rang et l'autorité d'empereur, lorsqu'il voulut que le pape lui en conférât le titre ; il subit à Rome, dans ce but, les humiliations du couronnement (année 1433), et souffrit, prosterné, que le pied du pontife redressât la couronne sur son front.
(Voy. Wendek, Eist. imperaU Sigism. in Script, rer. Germ., von Menck. Pfisler, Hist, d'Allem,, liv. III.)
lequel il était à peine affermi. Il vieillissait, et, n'ayant pas de fils, il destinait sa riche succession à l'archiduc d'Autriche, Albert, son gendre, dont il s'était longtemps appuyé dans ses entreprises contre la Bohême. Ses projets furent combattus et entravés par les coupables intrigues de sa seconde femme, Barbara de Cilly. Cette princesse, fameuse par ses adultères, médite, dans l'attente d'un prochain veuvage, d'enflammer l'ambition du roi de Pologne, Wladislas, en lui offrant avec sa main la riche succession de l'empereur : elle lire en même temps avantage du juste ressentiment des Bohémiens; elle leur montre dans Albert d'Autriche un catholique fervent qui achèvera d'étouffer toute liberté religieuse. Beaucoup s'engagent à seconder ses vues, à proclamer "Wladislas roi de Bohême après la mort de Sigismond.
L'empereur était à Prague^, dangereusement malade et presque seul au milieu d'un peuple irrité , lorsqu'il apprend que l'on conspire et que l'impératrice est au nombre des conjurés. Il voit le péril, et mande aussitôt près de sa personne quelques nobles hongrois qui sont à Prague, ceux dont il a éprouvé la fidélité, et qui , pour cette cause, sont en butte comme lui à la haine populaire. « Le terme de mes jours approche, leur dit-il; si je meurs, les
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« Bohémiens irrités vous arracheront la vie ; ils ont « soif de voire sang, et je veux vous soustraire à « leur fureur avec moi. » Il fait alors répandre le bruit qu'il part pour rejoindre sa fille, et qu'il veut l'embrasser avant de mourir (1). Rappelant ensuite toute sa dignité, il ceint son front de lauriers comme aux jours solennels, il revêt les insignes impériaux, et décoré plus encore de ses longs cheveux blancs qui flottent sur ses épaules, de sa barbe majestueuse et de la noblesse empreinte sur son pâle visage, il se fait porter à travers la ville, à la vue de tous, dans une litière découverte, suivi de sa femme et escorté de quelques nobles bohémiens et de ses Hongrois fidèles. On dit qu'il versa des larmes en regardant cette cité où ses ancêtres avaient régné avec gloire et qu'il voyait pour la dernière fois : le peuple, ému lui-même à ce spectacle imposant et inattendu, oublia sa vengeance, et salua de ses adieux son vieil empereur (2).
Sigismondse dirigeait vers la Hongrie, mais, accablé par la maladie et par la fatigue, il parvint avec peine jusqu'à Znoïma, en Moravie, et n'alla
(1) Balbinus, Epil. rer. Boh., p. 490.
{2)l)uhr:\v.,liisl.BGhe7n.,\\h.W\'U.—Coch\.JIisl.IIusstL, p, 312. — Plisltr, Hisl. d'AHem., liv. III. — Mn. Sylv., Uisl. 2îo/i.,cni). LUI.