CHAPITRE V
Le» Moraves ou les Frère» de Bohême.
La liberté de conscience, si ardemment réclamée, si vaillamment défendue en Bohême, n'a porté, sauf à de rares intervalles, que peu de fruits dans cette contrée malheureuse. L'arbre arrosé par tant de sang a disparu ; mais les tempêtes ont porté sa semence sur les plus lointains rivages.
On a vu combien l'ébranlement produit en Europe par le grand schisme avait contribué à préparer les esprits à la réforme du siècle suivant. L'émigration de tant de milliers de familles bohémiennes répandit dans les contrées étrangères la
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connaissance de la Bible, l'habitude de la lire et de la méditer, fondement de toute réaction sérieuse contre l'abus de l'autorité sacerdotale.
Six années avaient suffi, de 1621 à 1627, pour détruire'en Bohême les derniers vestiges du culte extérieur de la religion évangélique. Les protestants de ce pays furent abandonnés par ceux auxquels ils avaient frayé la voie et donné tant d'héroïques exemples; ils ne recueillirent aucun avantage des traités qui, après la guerre de Trente- Ans , assurèrent aux réformés de l'Allemagne la liberté de conscience et l'exercice de leur culte. Ceux de Bohême, et surtout les Frères de l'Unité, continuèrent à vivre sous la plus dure oppression; un de leurs pasteurs, l'évêque Comménius, gémit ainsi sur son église désolée : Hé- « las! que reste-t-il à ce pauvre peuple qui, « pour avoir fidèlement suivi la doctrine des « apôtres et Texemple de la primitive Église, se « voit persécuté, abandonné des siens? Il ne lui « reste que le recours au Dieu de miséricorde; « il est réduit à dire , comme autrefois le pro- « phète : J'ai appelé mes amis , mais ils m'ont
« trompé 0 Éternel, regarde et considère no-
« tre opprobre Nous sommes devenus comme
« des orphelins qui sont sans père. Nous avons