‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 258 sur 274 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« souffert la persécution , nous avons travaillé , « et nous n'avons point eu de repos. Nos fêles « sont changées en deuil... 0 Éternel, nous ou- « blierais-tu à jamais? »

Comménius se retira en Pologne avec une partie de son troupeau. Prêt à quitter son pays pour toujours, il s'arrêta sur une haute montagne de la frontière, d'où ses regards embrassaient la Bohême et la Moravie. Là il se mit à genoux avec ses frères; puis, éclatant en sanglots et en larmes : « 0 Dieu, dit-il, n'abandonne pas ce pays, ne le « prive pas de ta parole, et conserves-y toujours « une sainte semence. » Sa prière fut exaucée : jamais le culte pur de l'Évangile, en esprit et en vérité, ne disparut entièrement de ces contrées. Les églises des Frères étaient tombées; mais Dieu s'y conserva' dans de nobles cœurs, des temples vivants. Il y eut là, dans les campagnes, au commencement du XVIil® siècle , un réveil de la foi évangélique, et de cette époque date une ère nouvelle pour l'histoire des Frères de l'Unité. Il se forma des relations touchantes entre les descendants des anciens émigrés, libres sur la terre étrangère, et ceux qui leur étaient unis en Bohême par le lien d'une même foi et par les souvenirs traditionnels d'un culte commun. On vit alors de

nouvelles émigrations. Plusieurs pauvres familles furent accueillies dans la Ilaute-Lusace par un homme pieux et charitable, le comte de Zinzindorf (1), et trouvèrent un refuge hospitalier sur ses domaines; elles y fondèrent la ville d'Hernhouth, oîi se forma le principal établissement d'une des branches les plus respectables de la grande famille chrétienne. Cette société, qui étendit au loin ses rameaux, conserva le nom de l' Unité évangêlicjue^ et ses membres sont encore de nos jours généralement connus sous celui de Frères de Bohême ou de Frères moraves (2).

Dans un ouvrage dont le but principal est de revendiquer les droits de la conscience, de montrer dans la sincère manifestation des convictions le premier devoir du chrétien, il convient d'étudier un des traits dictinctifs d'une

(1) Aucun homme n'a été plus indignement calomnié que le comte de Zinzindorf. Il eut sans doute le malheur de ne pas se préserver de tous les égarements du mysticisme; mais ces taches disparaissent devant le bien qu'il a fait, et il a droit à la reconnaissance de tous les vrais chrétiens.

(2) Ces dernières émigrations et la fondation d'Hcrnhouth sont un des intéressants épisodes de l'histoire du christianisme : le récit en a été fait, d'après les documents originaux, par M. le pasteur Bost.

(Voy. Hist. de V église des Frères de Bohême el de Moravie, seconde partie, liv. 1er.)

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