CHAPITRE lï
n sur eux-mêmes une condamnation éternelle, et « pour n'être point aux bons un sujet d'affliction « et de persécution. Je me suis éloigné aussi de « crainte que des prêtres impies n'interdissent « plus longtemps parmi vous la prédication de la « parole de Dieu ; mais je ne vous ai point quittés « afin de renier la vérité divine, pour laquelle, « avec l'assistance de Dieu, je désire mourir (1). »
Selon l'exemple du Sauveur, il s'en allait prêchant dans les villes et dans les villages , suivi d'une foule innombrable qui l'écoutait avec avidité, s'émerveillant que cet homme si modeste, si grave, et en même temps si doux, fût désigné comme un démon par les prêtres et fût rejeté par l'Eglise, lorsque, sans se révolter contre son autorité spirituelle ou contrôles principes d'oii elle tirait sa force, il n'attaquait que les abus qui la mettaient en péril.
Ses doctrines cependant avaient une signification plus haute que celle qu'il s'avouait à lui-même. Il protestait de son attachement à l'Eglise catholique et de son respect pour elle , il ne voulait pas s'en séparer, et il en ébranlait les bases à son insu en maintenant pour les fidèles le droit d'examiner ses décrets avant de s'y soumettre. Qui ne voit que d'une part l'obéissance à une Eglise qui
(l)Ep. xi,p. 177.
se dit immuable et infaillible, et d'autre part l'examen, l'appel au critérium intérieur, à la conscience, sont deux choses contraires et qui s'excluent? Jean Hus crut-il pouvoir les accorder? pensa-t-il avoir réussi ? Il serait difficile de le dire; nous ne pouvons même comprendre comment il serait parvenu, sur ce point, à se faire illusion à lui-même; mais il est certain qu'il tenta de concilier ces deux principes ennemis, et qu'il porta ainsi dans son sein le germe d'une lutte violente sans trêve et sans terme. Ce fut là le problème redoutable et insoluble qui agita sa vie et qui précipita sa fin. Ses combats intérieurs, la réaction d'un cœur droit et ferme contre la force de l'idée préconçue et de l'habitude, se révèlent ingénument dans une lettre qu'il écrivit de sa retraite à son ami Jean Barbât (1).
« Pour me raffermir dans la douce paix de mon « esprit, dit-il, j'ai rappelé en moi-môme la vie et « la parole du Christ et celle de ses disciples (Act. « IV). J'ai rappelé de quelle manière Anne,grand- « prêtre, et Caïphe, et Jean, et Alexandre, et toute « la race des prêtres, en s'adressant aux apôtres, « leur défendaient de parler et d'enseigner au nom « de Jésus. Mais Pierre et Jean , répondant , leur
(1) Ep.v.,p. 119.