CHAPITRE V
stitiitions réputées excellentes que d'en faire reconnaître et admettre le principe par tous les esprits grands, élevés, vraiment chrétiens, sauf à en tirer des conséquences pratiques appropriées aux temps, aux lieux, aux circonstances. Or, le principe que nous avons montré comme formant le trait distinctif des jP/è/'e^ de V Unité évangélique, c'est le respect des convictions religieuses^ non-seulement en soi, mais en tout homme qui cherche Dieu dans l'Évangile et dans son cœur; c'est la liberté de conscience et de culte dans son sens le plus élevé, le plus général, étendue à toute manifestation qui ne blesse aucune des lois gardiennes de la morale et de l'ordre (1). Mais quoi! cette liberté est née dans le sang! elle a grandi au milieu d'effroyables convulsions ! Un principe qui a bouleversé le monde est-il donc si pur? S'il y a beaucoup de bonne foi dans ces reproches, il s'y recontre aussi de grandes erreurs. Gardons-nous de prendre les effets pour les causes. S'il est vrai, et personne ne le nie, que la sincérité du cœur soit le premier devoir que la religion impose à l'homme, s'il est vrai que chacun soit tenu d'honorer son
(1) Il ne s'ensuil pas que toutes les interprétations consciencieuses de la parole aient à nos yeux une e'gale valeur; mais, dans toutes, les droits de la conscience doivent être respectés.
Dieu selon sa conscience, il s'ensuit que le droit d'offrir au Créateur l'hommage que, dans le fond de son âme, chacun juge le plus digne de lui être offert, est un droit naturel, et si la négation, si la violation de ce droit amène d'effroyables résultats, à qui seront-ils imputés ? qui sera responsable, ceux qui le revendiquent, ou ceux qui le nient et le violent? Et si l'arbre écrase en tombant ceux qui ont hâté sa chute, la faute est-elle à la main qui le cultivait ou à celle qui a témérairement porté le fer et le feu dans ses racines? Lorsque Jean Hus défendait avec tant d'intrépidité devant ses juges les droits de la conscience, qui plaidait la cause de la justice éternelle, les accusateurs ou l'accusé? Lorsque le pape rendit à Constance l'édit terrible qui plaçait une nation enlière entre le parjure ou la révolte, qui préparait l'œuvre de sang, le pontife ou le peuple? La perfection chrétienne eût consisté peut-être à se laisser égorger en silence ; qui oserait dire cependant que tout un peuple, à qui l'on prescrit le mensonge sous peine de mort, doive se résoudre à mentir ou à mourir? La guerre était donc inévitable; mais lorsque les meilleurs ont échoué en défendant leurs principes, ou sont morts avant d'en avoir assuré le pacifique triomphe, si la la guerre éclate, avec elle les hommes violents se
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montrent ; on voit apparaître alors ceux qui pensent avoir l'allumé le flambeau de la toi quand ils ont éteint eelui de la raison, et ceux qui parlent de réformer et qui ne savent que ravager et détruire. Delà, dans de nouveaux formulaires tumultueusement proclamés, un alliage trop souvent impur, un déplorable mélange de bien et de mal, dont s'épouvantent les hommes pieux et sages, jusqu'à ce qu'avec le temps la part du bien et de la vérité l'emporte sur celle des passions humaines dans les réformes accomplies. Tel est le spectacle qui s'offrit en Europe après les terribles guerres du XV^ et du XVr siècle.
On a jusqu'à présent beaucoup trop argué de la lutte des diverses sectes entre elles et de leur nombre contre les partisans delà liberté de conscience. « Les orages do l'atmosphère , dit un éloquent « écrivain religieux (I), ne sont pas plus nécessai- « res à l'économie de notre globe que ne le sont « à la société humaine les orages de la pensée. Là « comme ailleurs, c'est le mouvement qui conserve, « c'est le repos qui détruit. Oter de la vie des « peuples l'obstination de la pensée et l'opinià-
(1) Viiiot, Esiai sur la manifcslalion des convictions religieuses, p. 02.