CHAPITRE II
de Jésus et de ses apôtres est pour Jean Hus la source d'une poignante douleur. L'indignation qu'il éprouve arme sa parole de traits mordants et acérés; souvent alors, trop vivement subjugué par son émotion impétueuse, il montre dans son langage moins de mesure que de fougue , et l'on y reconnaît plutôt l'emportement téméraire d'un sectaire que la sagesse d'un apôtre. Mais ces fautes mêmes étaient produites par une cause honorable; ces imperfections, tribut qu'il payait à la faiblesse humaine, étaient l'abus d'un zèle trop ardent, trop oublieux de sa propre sûreté, des passions du monde, des intérêts du siècle; et, chaque fois qu'un retour de sa pensée le rendait au calme , chaque fois qu'il était question de montrer la voie du salut et de s'y affermir luimôme, il retrouvait des paroles vraiment évangéliques, et tirait à grands flots de son cœur des expressions brûlantes de charité , de piété , de dévouement pour Dieu et les hommes, comme d'un ardent et inépuisable foyer de foi et d'amour. Les humiliations, les souffrances volontaires et les douces paroles du Sauveur sont toujours présentes à sa pensée , et il y trouve des consolations et des forces.
a Mes bien-aimés, dit-il dans une de ses plus
JOO LIVRE I.
« admirables lettres {\),ne vous laissez point abat- « tre par la terreur, ne vous épouvantez point si le « Seigneur tente quelques-uns d'entre vous. Dieu « lui-même a dit à son serviteur (Prov., ch. III) : « Ne crains pas lorsque la puissance des impies « fondra sur toi, car je serai à ton côté; » et il a 0 dit par la bouche du prophète David : « Je serai « avec lui dans son épreuve, je le délivrerai, je le
a glorifierai » Le Créateur, le Roi, le souve-
« rain maître du monde, sans y être forcé par sa « nature divine, s'est humilié, malgré sa perfec- « tion, dans notre humanité. Il est venu en aide à « nous pauvres pécheurs , supportant la faim , la « soif, le froid, le chaud , l'insommie, la fatigue; « il a souffert, en nous donnant ses divins ensei- « gnements, des douleurs et de graves opprobres de « la part des prêtres et des scribes, à ce point qu'ils « l'ontappelé démoniaque et blasphémateur, disant « qu'il n'est pas Dieu celui qu'ils ont excommunié « comme hérétique , qu'ils ont chassé de leur ville « et crucifié comme et un maudit. Si donc le Christ « a supporté de telles choses, lui qui a guéri toutes « les langueurs par sa seule parole, sans aucune « récompense terrestre , lui qui a chassé les dé- « mons , ressuscité les morts et enseigné la loi
(1) Epist, VI, p. 1!'.>.