‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 30 sur 274 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

« de Dieu , lui qui n'a fait de lort à personne, qui « n'a commis aucun péché et qui a tout souffert « des prêtres, seulement parce qu'il a mis à décou- « vert leur méchanceté, pourquoi nous étonner si « aujourd'hui les ministres de rantéchrist,qui sont « plus avares, plus débauchés, plus cruels, plus « rusés que les pharisiens , persécutent les servi- « teurs de Dieu , les accablent d'opprobres , les 9 maudissent, les excommunient, les emprisonnent « et les tuent? Il leur arrive ce qui est arrivé aux « prêtres des juifs : ils pensaient pouvoir étouffer « et vaincre la vérité qui est toujours victorieuse, « ignorant que le propre et l'essence même de la « vérité est que, plus on tente de l'obscurcir, plus «elle brille, et plus on veut la comprimer, plus « elle croît et s'élève. Le pontife, les prêtres, les « scribes et les pharisiens, Hérode et Pilate, et « les habitants de Jérusalem ont jadis condamné «la vérité, ils l'ont crucifiée, ils l'ont ensevelie ; « mais elle, sortant du tombeau, les a vaincus « tous. »

Jean Hus, dans plusieurs autres lettres écrites à la même époque, laisse percer un vague pressentiment de martyre. C'est ainsi qu'écrivant au nouveau recteur de l'Université de Prague il dit : « Je sais que, « si je persévère dans la justice, aucun mal, quel

« qu'il soit, ne pourra me détourner du chemin de a la vérité. Si je veux vivre saintement en Christ, « il est nécessaire que je souffre en son nom... Que « sont pour moi les richesses du siècle ! que sont « les opprobres, qui, humblement soufferts, éprou- « vent, purifient, illuminent les enfants de Dieu ! « Qu'est-ce enfin que la mort si l'on m'arrache « cette misérable vie ! Celui qui la perd ici-bas « triomphe de la mort même et trouve la vie vérita- « ble. Pour moi, je ne désire point vivre dans ce «siècle corrompu; mais j'affronterai la mort, je « l'espère, si la miséricorde du Seigneur me vient « en aide. » Hus fait ensuite une énergique peinture de la licence du clergé, dans lequel il voit l'antéchrist ; puis, laissant éclater sa douleur, il s'écrie : « Malheur donc à moi si je ne prêche con- « tre une semblable abomination! Malheur à moi « si je ne pleure, si je n'écris!.... Déjà le grand ai- « gle (1) prend son vol et s'écrie : Malheur ! mal- « heur ! aux habitants de la terre (2) ! »

Ce cri fut en quelque sorte prophétique pour la contrée malheureuse où Jean Hus le laissait échap-

(1) Alors je vis et j'entendis un aigle qui volait par le milieu du ciel et qui disait à haute voix : Malheur! malheur! malheur aux habitants de la terre!

Apoc. VIII, 13.

{2)Hist. et mon. Hus., epist. iv, 1. 1, p. 118.

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per, et durant de longues années la Bohême fut un théâtre de meurtre et de carnage. La retraite de Hus n'avait point calmé les esprits, et il arriva ce (jui arrive toujours : lorsque la persécution ne peut étouffer une doctrine dans son berceau , elle lui donne des ailes et des forces. La multitude rappela son prédicateur avec le langage qui lui est propre, avec des cris furieux : le sang coula dans Prague ; les prêtres insultés furent en péril , et Sbinko, incertain et sans force entre un monarque abruti et un peuple exaspéré, quitta la ville pour implorer lappui du nouvel empereur Sigismond , frère de Wenceslas et roi de Hongrie. Sbinko était devenu l'adversaire déclaré des partisans de Jean Hus; son départ fut pour eux un triomphe. Mais bientôt se répandit un bruit sinistre : l'archevêque avait succombé en chemin , il était mort empoisonné. Leshussites (1) furent à tort accusés de ce crime : ce soupçon grandit rapidement quoi qu'il fût injuste, et peut-être aussi parce qu'il l'était. Le tragique événement qui délivrait Hus d'un puissant ennemi lui en fit de nouveaux non moins acharnés, et rendit les haines de tous plus ardentes et plus implacables.

(1) On nommait ainsi les disciples de Jean Hus.

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