‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 3 sur 274 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

sur un homme qu'aucune Église particulière n'est en droit de revendiquer comme n'appartenant qu'à elle seule, mais qui apparlient à toutes celles qui reposent sur la foi en TÉvangile et sur le respect des droits de la conscience : cet homme est Jean Hus : nul mieux que lui n'a enseigné par sa vie et par sa mort que, sans la sincérité du cœur, sans l'obéissance aux convictions et le courage de les produire, il n'y a ni vraie religion ni solide piété.

Avons-nous ce courage en France? La liberté de conscience est-elle écrite dans nos cœuis comme dans nos lois(l)i' La conscience enfin a-t-elle jusqu'à présent parmi nous une part suffisante dans le mouvement religieux de l'époque? H est permis d'en douter. La société présente un étrange phénomène; on voit se produire simultanément deux ordres de faits que l'on pourrait croire incompatibles : on fait bru il d'un réveil chrétien, et l'on n'entend que plaintes amères sur l'état moral du siècle ; on se préoccupe intellectuellement des besoins spirituels

(1) Voyez De la Liberté de Conscience, V lettre, par M. Libri, sur le clergé et sur la liberté d'euseignemenf.

VIII puéfacl:.

de l'homme, et jusque dans les plaisirs de l'esprit on poursuit des jouissances grossières. La tribune, la presse, les salons retentissent des intérêts religieux ; mais combien d'hommes prennent un intérêt sérieux à la religion pour la religion même? On se dit chrétien, on vante la parole évangélique, mais combien ont ouvert l'Évangile? On se dit catholique; mais que voiton dans le catholicisme? L'un y voit l'antique tradition , l'autre l'ench'aînement logique des principes; celui-ci les pompes extérieures, l'heureuse alliance avec l'art ; celui-là l'imposante hiérarchie des pouvoirs, la puissante institution du gouvernement théocratique, chefd'œuvre du temps et du génie de l'homme: en est-il un grand nombre qui voient le catholicisme dans ce qui constitue l'Église même, dans le dogme? qui recherchent les rapports de ce dogme avec la nature de Dieu et celle de l'homme, avec les idées qu'ils ont eux-mêmes d'un autre monde, avec l'état de la société dans celui-ci ? Beaucoup enfin se disent protestants, et que savent-ils du protestantisme? Une foule d'hommes, dans toutes les églises, répètent san>

l'KÉFACli. IX

réflexion comme sans conviction cet adage banal : Notre culte est celui de nos pères, et ils ne songent pas que, si leurs pères avaient dit comme eux, ils seraient demeurés stupidement accroupis devant quelque fétiche, et que le sang humain coulerait encore sur les autels druidiques.

Cependant, on ne saurait non plus méconnaître à des signes réels les approches d'un réveil religieux; mais il n'y a de réveil digne de ce nom que celui qui remue l'âme dans ses profondeurs. La surface est aujourd'hui plus agitée que le fond, l'esprit plus que la conscience; il y a dans les cœurs un besoin de croire plutôt que des croyances, et il en sera ainsi jusqu'à ce que les hommes en élat de comprendre l'importance des convictions religieuses se soient sérieusement interrogés, avec le désir sincère d'en avoir une et la ferme résolution de la montrer.

Le but de cet ouvrage, au point de vue religieux, n'est pas de faire, aux dépens de quelque Église, des prosélytes parmi des croyants : il s'adresse surtout à ceux qui n'appartiennent que de nom à l'Église qui les compte pour

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