CHAPITRE III
Eut des partis en Bohème. — Jérôme de Prague. — Bulles du pape contre Ladislas.— Réfutation par Jean Hus.— Nouveaux troubles à Prague.
L'historien (1) le moins favorable à Jean Hus et à ses partisans n'impute point à ceux-ci la mort de l'archevêque Sbinko ; mais à Prague il ne s'agissait déjà plus d'éclaircir un fait qui pouvait être pour les uns une flétrissure, pour les autres un motif de vengeance ; le feu de la guerre civile couvait au fond des cœurs, et la rage des partis, pour éclater, n'avait plus besoin d'une cause véritable, mais seulement d'un prétexte. On ne pouvait méconnaître l'autorité morale, l'ascendant sérieux qu'avait acquis Jean Hus sur les âmes, car il ne suffisait déjà
(1) Jean Cochl(<e, Hisl. Hus., Iib. 1, p. VJ.
plus des caprices de la vogue ou d'un engouement irréfléchi pour gagner à sa doctrine des partisans ou des disciples ; l'heure approchait où son amitié apporterait avec elle des dangers, et il était évident que chacun aurait bientôt à répondre sur sa tête de son estime pour le célèbre prédicateur de Bethléem . Cependant à cette époque critique bien peu l'abandonnèrent: la reine, une grande partie du peuple et de la noblesse lui demeurèrent fidèles : il rencontrait aussi toujours la même sympathie parmi les étudiants et les lettrés , et, entre tous ceux qui s'honorèrent par leur amitié constante et dévouée, le plus illustre, celui dont le nom est demeuré inséparable du sien aux yeux de la postérité, est Jérôme de Prague, docteur et maître laïque en théologie.
Caractère audacieux et téméraire, vaste intelligence, parole éloquente et emportée, ces avantages et ces défauts se trouvaient réunis en Jérôme, l'un des hommes les plus éminentsde son siècle. Il avait étudié à Oxford et soutenu des thèses brillantes à Paris contre Gerson et dans les plus célèbres Universités de l'Europe. Il n'attendit pas jusqu'à son retour en Bohême pour se signaler par une vive opposition contre l'Eglise romaine. Emprisonné à Vienne comme-.fauteur de Wycliffe et délivré à la